19 août 2007
Américanisme
Hier soir je n’ai pas écrit. J’en ai profité pour me reposer, c’est-à-dire
regarder la télé. Je n’ai pas été déçu. J’ai regardé « Les experts –
Miami », autrement appelé « CSI – Miami ». Je ne sais pas si
c’est la version française qui fait ça, un doublage moyen, sans doute, mais le
niveau de cette série est désespérément bas. A faire pleurer.
Au début, j’étais indulgent, je ne faisais même pas attention. Je trouvais
la série intéressante, parce qu’il y avait plein de trucs techniques dedans, le
trip total pour l’ingénieur ou le consultant en innovation. Cet été, j’ai
réalisé que les trucs techniques, c’était du remplissage, tout comme les vues
même pas subliminales de Miami intégrées toutes les 3 minutes, sans doute
sponsorisées par l’office de tourisme local. Et qu’il y avait beaucoup
d’acteurs pour pouvoir tourner sans cesse, leur accordant quelques brèves
minutes avant de passer au suivant, pour qu’on ne se rende pas compte qu’ils
sont tous, soit monolithiques, soit plutôt très mauvais. Et que le scénario de
chaque épisode, truffé de ficelles aussi grosses que des amarres de pétrolier,
tenait sur un ticket de métro.
Résumé de l’épisode : un méchant, qui se croit très malin, commet un
méfait répréhensible par les lois locales. Les experts débarquent et à peine
arrivés, remarquent un bout d’ADN qui traîne, là, mais si, regardez mieux, avec
votre lampe torche violette. Ils passent ensuite la plupart de l’épisode à
trimbaler ce brin d’ADN de centrifugeuse en mixer, tous très modernes car
baignés de lumières bleues et d’écrans HD à faire pâlir les gars de Pimp my Ride.
Pendant ce temps, le chef bougon (mais au grand cœur) bougonne (mais toujours
avec raison), le jeunot de l’équipe jeunotte, le costaud bronzé de l’équipe costaude,
la jeune femme d’origine noire se chamaille gentiment avec la jeune femme d’origine
blonde sous l’œil bienveillant de la jeune femme d’origine brune, qui aimerait
bien d’ailleurs parler plus avec le jeunot bien qu’elle vienne de se séparer du
costaud, mais il faudra au moins une demi-saison pour qu’il s’en rende compte.
A la fin, le méchant est confondu par son ADN qu’il avait oubliée dans un
mouchoir en papier en sortant d’un interrogatoire, courbe l’échine et le chef
bougon (mais au grand cœur) nous gratifie d’un laïus heureusement fort court
(car bougonné) sur la morale et la justice.
Mais c’est comme un accident de voiture, on voudrait arrêter de regarder, mais on ne peut pas s’en empêcher.
17 juillet 2007
Masochistes Traumatisants en Vidéo
Honnêtement, je ne pense pas être d'un naturel sensible. Je me suis endormi pendant L'exorciste, j'ai baillé devant Massacre à la tronçonneuse, Freddy Kruger, même pas peur et les autres êtres/choses/machins carnivores et/ou trucidantes, je les ai vues et oubliées. Je me vante? Bof, d'accord, Les dents de la mer sont peut-être à l'origine de mes tendances aquaphobes (mais si, je me lave) mais ça ne vous regarde pas, d'abord, c'est personnel. Je disais donc que je ne pense pas être d'un naturel trop craintif ou peureux. Mais rien, je vous le dis, rien ne m'avait préparé à ce que je vis hier soir dans la boîte à images.
Après avoir contemplé Angela M. et Nicolas S. baguenauder à côté des gros avions et des employés non syndicalistes d'EADS, admiré le jour de repos familial des cyclistes non-dopés du Tour de France et vu les images du séisme japonais de 6,8, bref, le journal reposant de F2 sur TV5, je me demandais qu'admirer sur le poste plat HD que mon énorme et confortable salaire de senior consultant me permet de m'offrir une fois tous les 10 ans après la recharge de lessive. Une pensée subite, malsaine: et si je regardais MTV? J'entends déjà d'ici le tollé, la critique facile et le mépris. MTV, je ne regarde pas pour la musique. Le hareng-bi râpé me les brise menu depuis qu'il existe, c'est-à-dire trop longtemps et comme il n'y a que ça aux heures normales, je préfère regarder le télé-achat cosmétique ou même, c'est dire, aller prendre l'air dehors (si!).
Le hasard fit pendant longtemps que, chaque fois que j'allumais MTV, je tombais sur Pimp my ride, émission apaisante s'il en est. Transformer divers tas de boue (dont l'homogénéité est juste assurée par des plaques de rouille stratégiquement placées) en char de tête de la gay pride, avec à chaque fois la même précision, a quelque chose de fascinant, voire névrotique. L'inventivité sans bornes affichée pour coller des amplis de plus en plus gros avec des écrans de plus en plus larges dans des voitures de plus en plus petites serait presque digne d'un Darwin award. Mais c'est rigolo à regarder et ça repose l'encéphalogramme.
Or donc hier soir, je zappe sur le canal susdit pour éviter la météo soporifique de TV5 et que vois-je? Nouvelle émission! Youpi youpi, j'espère que ce n'est pas encore la chronique bigarrée de l'existence de skaters californiens psychotiques, juste quelque chose de reposant et instructif. Erreur fatale...
L'émission, au format standard de 20 min, s'appelle Scarred, qui signifie, cela n'échappera pas à l'angliciste confirmé, "couvert d'une/de cicatrice(s)" et de sus offre un amusant jeu de mots avec "scared", qui signifie "effrayé". Oui. Le générique se rapproche de celui d'un mauvais film d'horreur, avec des bruits de cris et de bris accompagnés de gros plans de cicatrices, radios et autres blessures. Un doute m'assaille. Pourtant il est 21h. Une créature comme seule MTV peut en dégoter (hybride improbable de Maxim Reality de Prodigy et de Marilyn Manson) assure la présentation avec plein de zooms avant/arrière agités et de signes de d'jeunss® initiés. L'histoire, c'est super, il s'agit de revivre avec des victimes des accidents graves de skate/bmx/roller/etc... pour en tirer des leçons. Hmmm... ça sent le pâté, comme concept. On va voir.
A la deuxième fracture ouverte repassée en boucle et au ralenti avec le son, j'avais déjà agrippé nerveusement un coussin adjacent que je ne lâchai plus, tétanisé, jusqu'à la publicité libératrice. Car oui, le concept de l'émission, c'est de repasser en parallèle témoignage de la victime hébétée et film de l'accident, radios d'époque. Le premier veut sauter en skateboard un escalier de 18 marches, se prépare, analyse même le drame que l'on n'a pas encore vu (sans appel: "J'ai perdu de l'élan sur les jointures de dalles"). Il se rétame et pour qu'on comprenne bien, il nous explique en voix off qu'il savait qu'il allait se rétamer quand il a sauté et on voit l'action préliminaire 5 fois découpée en morceaux consécutifs de 3 secondes. Bref, il se rétame et là on se dit qu'il s'est passé quelque chose parce qu'on dirait qu'il n'est pas content, puis qu'il a très mal, puis qu'il saigne partout et que les gens qui l'entourent n'ont pas l'air heureux. Le cameraman, par contre, fait preuve d'un stoïcisme héroïque en n'en perdant pas une miette. Et pour qu'on comprenne bien, on repasse 5 fois le moment du contact avec le sol, où l'on se rend compte que le pied de l'autre ne fait pas le bon angle avec le sol. Pour augmenter la prise de conscience, on insiste sur le fait que le craquement d'os de mauvais augure est parfaitement perceptible sur la bande, si, écoutez (amplifié: crac...). Et pis on zoome. On enchaîne sur quelques radios de la fracture ouverte, la cicatrice actuelle et les sentiments de la victime: j'ai cru que j'allais mourir, ça faisait trop mal et ça pissait le sang partout, mais dans l'ambulance ils m'ont donné de la morphine, j'étais drogué (sourire niais) parce qu'après c'était trop dur le bruit des os remis en place à l'hôpital. Edifiant.
La deuxième victime n'était pas mieux, toujours livrée aux mêmes producteur sadique et monteur pervers. Cette fois-ci, un éclatement des petits os internes du poignet et avant-bras après avoir bêtement sauté en l'air (je vous le révèle: c'était l'atterrissage le problème). Et puis encore un, fracture ouverte de la cheville après avoir sauté une rambarde en BMX (même que la cicatrice chatouille parce que le nerf a été touché lors de la fracture). Toujours les mêmes ralentis et boucles malsaines. Les suivants, je ne les vois plus, je me concentre sur l'inhibition de mon réflexe vomitif réveillé. Beuh. Magnifique de prévoyance, MTV a ajouté un texte fixe de 30 secondes en fin d'émission pour dissuader le spectateur de faire de même, que ça pourrait être dangereux et qu'il pourrait le regretter. Merci. Cela me rappelle le lapin de la RATP: "Attention! Ne mets pas tes mains sur la porte, tu risques de te faire pincer très fort". Il n'avait pas l'air heureux, ce lapin. Du coup, je faisais attention, mais j'aimais bien le regarder quand même, il était sympa. Les temps changent.

