Divers & variés

... ou la vie à l'extérieur de là où l'on devrait être...

29 octobre 2007

Le lundi au soleil

Il y a des lundis comme ça, je fais des efforts, vraiment, si, si, je vous assure. Mais rien n'y fait. Je suis submergé par une vague pernicieuse de misanthropie et de frustration mêlées. Je crois que je ne suis pas fait pour vivre en société, enfin, dans celle-ci tout du moins. L'agitation vaine des managers tels des poissons sans eau, leurs efforts désespérés et leurs yeux globuleux, tout ça, ça me les brise menu (si vous me passez l'expression). Je devrais graver un calendrier de captivité sur ce mur, avec un objet contondant, une arrache-agrafes, par exemple. Mais non, j'ai un bureau (temporaire), un Blackberry, un laptop et des dossiers, que demande le peuple?

Lion_cageDu travail, du vrai, pas des bribes de morceaux, pas pondre un paragraphe en toute urgence pour ensuite ne plus jamais en entendre parler, pas aller faire le beau chez un possible client pour ensuite s'entendre dire: "Ah oui, lui. Il te trouvait bien, mais trop cher". Pas devoir écouter des corporate constructeurs qui m'envoient un e-mail vendredi soir pour m'expliquer que mon dernier document, je devrais le mettre dans un autre dossier avec un autre mot-clé sur l'intranet, parce que ce serait drôlement mieux, d'ailleurs lui (le corporate constructeur), il a créé cette arborescence (vide jusqu'à présent) exprès. Pas devoir entendre les boulets de la salle d'à-côté qui discutent mes documents sans savoir que c'est moi qui les ai faits et demandent tout haut: "à qui on peut demander des explications?" aux autres "gradés" qui ne savent que leur répondre, alors que mon nom est dessus (comme le Port-Salut).

Pas devoir écouter la ressource humaine qui veut m'inviter à tous les workshops, séminaires, formations possibles et imaginables et prend son air vexé quand je lui dis que non, ça ne m'intéresse pas, mais alors pas du tout et que je suis assez grand pour décider où j'irais. Pas devoir affronter hebdomadairement la Transparence et ses mignons, poulets sans tête télécommandés. Pas devoir entendre les allusions sur le fait que c'est dommage que je sois fixé à Munich, il y aurait un projet tellement intéressant pour moi alentours, à Troudun, Rotten-Burg ou Günther-les-bains (rayer les mentions inutiles), localités tellement vivantes et fascinantes que même Google Maps se contente d'afficher quelques pixels blancs au milieu d'une tache verdâtre floue. Pas devoir entendre les petits nouveaux qui dégoulinent de motivation visqueuse et essayent de m'entraîner dans leur spirale positive, sans comprendre les doubles sens et ressortent leur litanie monotone sur la motivation et le devoir de proactivité.

Il y a des lundis comme ça, j'attends l'heure du déjeuner en espérant une illumination, quelque chose de beau, quelque chose de vrai. Mais non, et je me retrouve à bouffer des rognons au resto du coin avec des allemands qui discutent leurs économies du week-end. Je sens que je vais devenir antisocial.

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24 octobre 2007

Le monstre (part. 2)

Après un repas de midi laborieux, rien de tel qu'une bonne aspirine effervescente et une descente digestive des bookmarks habituelles, les informations ayant été échangées dans l'heure précédente se rapprochant d'une observation détaillée du vide. Le vide est hypnotique, je sais. J'ai déjà donné. Bref, échapper à la torpeur de début d'après-midi sans pour autant sombrer dans le piège du workshop improvisé relève de la gageure.

aspirineEtonnamment, l'information elle-même semble au ralenti. Rien. Les téléscripteurs font la sieste. Bon. Ça veut dire que j'en suis arrivé au point où je retourne voir sur Monster. Il y a des gens qui sont allés voir mon CV. Ça me fait plaisir. Deux m'ont laissé un message. Ça me fait moins plaisir. L'un me demande si je ne voudrais pas aller à Stuttgart faire de l'IT. Ben voyons. L'autre est un concurrent de mon entreprise actuelle, qui me fait miroiter à mots grandiloquents un avenir aussi radieux que je l'avais imaginé il y a six ans, mais mieux. En plus, je les connais déjà. Je les ai virés d'un appel d'offre du fabricant de tracteurs, il y a un an. Trop chers, trop arrogants. Bref, je mets ça au frigo et je retourne m'ennuyer.

Mais comme je m'ennuie vraiment, je vais sur la page "carrière" du fabricant de tracteurs et je commence à creuser. Et je creuse aussi sur les pages de ses fournisseurs préférés. Je crois que je m'ennuie tellement que je serais capable de postuler pour presque n'importe quoi. Dans ce cas, je devrais plutôt demander à être responsable du rayon électronique du grand magasin d'à côté. Technique, contacts humains, chauffage et cravate, prime à l'acquisition et programme de formation pour employés. Tout ce qu'il faut pour l'hiver.

L'entrée résonne des conversations téléphoniques du propriétaire du bureau voisin. Il en a, des choses intéressantes à dire. J'entends mon nom, dans sa conversation. Ah non, fausse alerte. Je suis juste porteur de Know-How, c'est important. Alors ce Know-How, je vais en faire une belle copie en couleurs que j'archiverai chez moi et l'autre, l'original, je le déposerai à côté de la porte en partant, pour qu'ils se le capitalisent bien. Importante, la capitalisation. C'est pour ça que, le moment venu, j'écrirai ma démission en majuscules.

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23 octobre 2007

Le monstre

Comment occuper un matin de fin octobre froid et humide, dans un bureau dépouillé de tout intérêt immédiat, dénué même de toute présence hiérarchique (Je dis "hiérarchique" pour ne pas les vexer, qu'ils se sentent bien, c'est important, l'apparence, pour eux)? Internet? Oui. Classique. La tournée des bookmarks.

Les flux RSS se croisent et se décroisent, les nouvelles neuves du monde m'assaillent dans l'aggrégateur. Et puis c'est le vide. Une demi-heure d'action et soudain, il ne se passe plus rien sur mon morceau de planète. Bref, je m'ennuie. Je pourrais tricoter du Powerpoint, comme ils aiment. Je pourrais écrire des concepts que l'on ne suivrait pas, mais que l'on serait tellement contents d'avoir créés, dans notre petite entreprise, que l'on en parlerait à tous nos clients. Je pourrais téléphoner à des gens, leur dire que nous sommes les meilleurs. Je pourrais aller causer avec la ressource humaine, plutôt. Conquérant de l'inutile, dans tous les cas.

tasse_kaffeeL'illumination me vient lors d'un mouvement pendulaire entre mon bureau et la fontaine à eau. Oui. C'est bien ça. Soyons fous. Je me connecte, je tergiverse, un court instant. Non, il est trop tard. Je suis sur Monster et j'écris mon CV en ligne.

J'ai regardé les offres d'emploi, auparavant. Sur Munich, ce n'est pas la joie. Certes, il y a de quoi faire, il y aurait de quoi faire. Quantités de petites entreprises de service cherchent quantités de personnes bien spécifiques, on se demande pourquoi. Pourquoi? Oh, c'est bien simple. La petite entreprise de service (parfois  poétiquement appelée "Consulting") reçoit des demandes de plus grosses entreprises pour certaines missions ou projets. Et comme par défaut, principe ou paresse, la petite entreprise a très rarement les personnes qu'il faut en réserve, il faut qu'elle les trouve sur le marché. C'est très ciblé. Et ça ne doit pas être trop cher, sinon la marge, pfouit! et puis le petit gars, il devrait s'estimer heureux d'avoir un job, tout de même, cet ingrat.

Ecrire son CV, une nouvelle fois, dans un nouveau format, est une tâche exténuante. En plus dans une langue étrangère, toujours la même, mais néanmoins toujours étrangère. J'irais même jusqu'à dire que cela me les brise menu, comme le formuleraient les gens de peu. Mais je le fais, parce que je m'ennuie et que j'en ai marre. La pression, c'est trouver les bons mots. Savoir dire les choses. Je ne sais déjà pas dire les choses aux femmes, alors aux entreprises, vous pensez bien. En fait, non, j'exagère. Je sais parler aux entreprises, elles sont plus prévisibles, tellement moins fascinantes. Et je sais parler à certaines, parfois, mais cela ne vous regarde pas.

L'analogie est là. J'écris ce CV, laborieusement, sans trop y croire, sur internet, là où tous un jour où l'autre l'ont laissé. J'ai le sentiment de m'inscrire sur une page de recherche de partenaires, de dates (en anglais dans le texte), le forum des âmes sœurs qui s'ignorent (et vont ainsi rester encore longtemps). Une bouteille à la mer futile et fragile, quelques mots sans voix réduits en particules élémentaires, le grand mystère de la soupe statistique.

Alors les prochains jours, ce sera cette agitation frustrante et ce questionnement incessant: combien, qui a regardé mon profil sur cette page? Pourquoi ne m'appellent-elles pas? Je peaufine la dernière phrase, regarde dans les options, active le filtre pour interdire l'accès de cette page à certains employeurs. J'hésite avant de confirmer, me dis que cela serait sûrement intéressant, de voir combien de temps mon entreprise autrefois aimée mettrait à repérer mon CV, par balayage systématique et automatique, avant d'activer son armée de recruteurs. Mais non, je m'en fous. Advienne que pourra.

Je n'y crois pas, je le fais quand même. Je vais voir une autre page, je creuse un peu. C'est l'heure du déjeuner. La ressource humaine apparaît dans l'encadrement de la porte, il faudra bien la suivre, aujourd'hui. Après, je recommencerai la tournée des bookmarks. Non, j'ai des meetings, c'est vrai. Alors je causerai, dirai des choses constructives. Pour changer, non, pour donner le change.

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10 octobre 2007

De l'ineffable expérience du travail avec des analphabètes

Cela n'aura échappé à personne. Le sol sous mes pieds est allemand. L'air autour de moi est allemand. La langue vernaculaire est allemande (voire pire: bavarois avec différentes variantes, accents). L'entreprise aimée à laquelle je dédie mes journées est allemande. Je cotise même pour la retraite allemande (qui hier m'envoya une jolie lettre pour me dire que je pourrai faire valoir mes droits à la retraite vers 2044, quelle chance). Mes collègues sont bigarrés, ethnologiquement parlant. Des francais, des anglais (nos ennemis héréditaires), des italiens (pareil), des allemands (de même), voire même d'autres nationalités difficilement associables à une réalité géographique immédiate. Mais ici, on parle allemand. Point.

Dans le cadre de discussions toujours très constructives, j'essayai, en compagnie d'autres, de convaincre nos instances dirigeantes qu'au moins quelques documents-clefs gagneraient à être mis à disposition aussi bien en anglais qu'en allemand. L'Europe, l'ouverture, la globalisation, tout ça. Nous nous heurtâmes à une étonnante torpeur. Et puis on a laissé tomber, c'était déjà assez de retraduire gratuitement dans nos langues respectives les messages sur les écrans des tracteurs que nous développions, par bonté d'âme et par effarement devant la nullité des traductions fournies par l'entreprise spécialisée qui en était chargée. Beaucoup de conducteurs de tracteurs franco- et italophones devraient nous en savoir gré aujourd'hui, mais ce n'est que l'histoire inofficielle, derrière les coulisses, nous resterons des soldats inconnus sans flamme.

ABC_BlocksBref, en projet et même au cœur de notre entreprise, il nous arrive très souvent de parler en français (je le concède), en allemand, mais aussi en anglais, en particulier entre étrangers excédés par l'hégémonie linguistique de notre pays d'accueil. Et puis de toute manière, la maîtrise de l'anglais n'est-elle pas un critère nécessaire et obligatoire à l'admission dans nos fonctions? Ben en fait... L'exemple le plus frappant me fut fourni ces derniers jours par notre bon manager de l'année, le gagnant magnifique.

Je ne dirai pas que mon anglais est parfait, surtout parlé, car empesé (inconsciemment?) d'un accent français léger et charmant. Mais la collaboration avec des américains un long temps et l'interaction avec des indiens rouleurs de "r" m'a bien remis en selle. Et donc nous nous trouvâmes récemment, Dolce, Gabbana et moi, face à un client américain et purement anglophone. Et notre pauvre gagnant d'ânonner laborieusement des phrases sans sens, confondant avec entêtement "Tuesday" et "Thursday" au moment de la prise de rendez-vous finale. La rédaction de l'offre qui s'ensuivit me donna l'impression d'une traduction automatique Google, bénie cependant car beaucoup de passages demeuraient compréhensibles (quoiqu'empesés par des structures de phrases germaniques). Et l'e-mail accompagnateur, dans le même genre (bien que j'aie pris le temps de le préparer oralement avec lui auparavant), se concentra sur la confusion des termes "adaptation" et "adoption". Comme, dans un moment de génie a lui seul particulier, il m'envoya cet e-mail pour correction après l'avoir envoyé au client, je lui fis remarquer gentiment l'amusante méprise. Saisi d'un doute (il devait être fatigué), il me répondit "Tu crois que c'est grave?". Constructif, je le rassurai sur l'inutilité d'une correction (qui sans aucun doute ne ferait qu'augmenter la confusion chez notre maintenant probable ex-futur client) et qu'il pouvait en toute quiétude se consacrer plus avant à ce pour quoi il était payé et officiellement reconnu. Parfois, mon calme serein m'étonne moi-même.

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02 octobre 2007

La complainte du bureau abandonné

Un jour comme un autre, je goûte la quiétude de mon bureau tout nouveau annexé, pour combien de temps, qu'en sais-je? Il est clair que je vais me faire éjecter de cette pièce, d'une manière ou d'une autre, mais depuis le temps que j'avais besoin d'avoir un semblant de table à moi, pas une salle commune, pas une fosse commune. Pas un téléphone partagé, pas besoin de sortir la lingette désinfectante chaque fois que je dois appeler (nan, je déconne). Bref, c'est calme, j'aime bien. Je pourrais même fermer la porte, tiens, mais cela constituerait un manquement cruel à notre nouvelle politique interne. Ah, l'ouverture (soupir). Hier même certain s'offusqua à demi-mot (car allemand) de ma présence affirmée en ce bureau encore moite de la chaleur de son occupant précédent. J'aurais bien pris l'autre bureau libre du fond, mais quelqu'un d'autre avait eu la même idée, un nouveau, d'ailleurs, quel outrecuidant, celui-là.

Mais la spécificité de ce jour, outre mon embourgeoisement foncier, c'est l'absence totale de tout corps managérial en ces lieux. Oui. Tous partis, soit envolés là-haut pour des workshops précieux, soit cloués à leur humble couche par des virus chafouins (pour ne pas dire l'abus de bière traditionnelle). Je suis seul, j'ai peur de voir passer, par la porte sur le couloir, un de ces buissons secs poussés par le vent du désert. Enfin peur, c'est une façon de parler. Disons que cela ne m'étonnerait pas. J'observe les reliques abandonnées là, dans cette pièce, par son ancien locataire. Des papiers, des crayons, encore des papiers. Tiens, des caisses de vin. Pleines. J'hallucine... Les crus précieux à offrir à nos clients vénérés (et même les autres). Grmbl. Un beau gâchis. Je les sauverais bien, tiens, c'est mon côté Greenpeace, mais l'on s'offusquerait, encore.

La pendule sur le mur est bloquée, déraille, essaie frénétiquement de faire avancer l'aiguille des secondes, y parvient, revient en arrière. Période. Le reste de la décoration murale laisse à désirer. Mais l'on sonne. La secrétaire (car elle était là, discrète) ouvre la porte, un petit blaireau entre deux âges, poivre et sel, s'avance, armé de son attaché-case. On ne nous a pas présentés, alors il ne le fait pas de lui-même, il ne faut pas exagérer, c'est sans doute quelqu'un d'important. Cela ne l'empêche pas de tout ignorer des mécanismes simples et bien élevés comme éteindre la lumière en sortant des toilettes et refermer la porte. L'expérience dira s'il est aussi l'un de ceux qui font pipi debout pour se donner un genre sans pour autant maîtriser les lois de la balistique (oui, il y en a, beaucoup plus que l'on ne croit). Ennuyeux, ce n'est plus un bureau abandonné, maintenant. Tant pis, on fait comme, il m'a démoli mon inspiration, ce boulet.

67425_PE181268_S3Une chose amusante en ces lieux est l'absence de toute vie animale (je fais abstraction de certains collègues, s'entend). Une fois, on a eu une mouche dans la salle commune. Elle nous a énervé, elle s'est pris un coup de Semiconductors Weekly avant de s'abattre sur le rebord de la fenêtre. C'était méchant et pas constructifs, mais elle aurait dû y réfléchir à deux fois avant de rentrer dans cette pièce remplie de ces personnes-là. Il y a aussi quelques plantes dépressives, rarement dépoussiérées, qui caressent les murs de leur détresse muette. La moquette sous-jacente est encore toute auréolée de tentatives maladroites d'arrosage, sans doute abandonnées depuis ou gérées sans amour par une femme de ménage étrangère et salariée. Quand je serai grand, quand j'aurai mon bureau à moi, j'y mettrai une belle plante verte, quelque chose de joli, de chatoyant, d'expansif. Une fougère, par exemple. J'espère juste ne pas l'oublier comme celle de ma cuisine. Une femme disparaît, les végétaux s'étiolent. Elle m'avait forcé à me séparer de Pamela, une fougère Ikea magnifique, acquise dans mes jeunes années, sous le fallacieux prétexte qu'une colonie d'araignées s'y serait installée et qu'elle (Pamela) aurait eu une tendance à secréter des choses collantes qui s'écrasaient sur le plancher, d'où dépôts.  Alors chez moi, il me reste juste un machin que je ne saurais nommer, mais qui fait preuve d'une étonnante résistance opiniâtre eu égard à mon absence totale d'égards à son égard. Donc je ne sais pas si une fougère dans mon bureau, ce serait une bonne idée, finalement. Ou alors avec un brumisateur plastique vert sur le bureau, à côté de la docking station du Blackberry.

Bon, le temps passe, pas vite, n'avance pas. Ah non chuis bête, je regarde pas la bonne pendule. Et si j'appelais le candidat, là, dont le dossier a atterri sur mon bureau. Il a une bonne tête d'allemand, tiens. J'hésite à lui faire une validation technique téléphonique façon moyen-âgeuse. Il le mériterait, avec les commentaires suffisants qu'il a parsemés dans son CV. Comme si ça m'intéressait, qu'il ait été glandouiller 6 mois au Cambodge et au Vietnam pour "améliorer son anglais, connecter avec d'autres cultures". Dis plutôt que tu as été fumer des pets à Goa sur la plage en écoutant Astral Projection et m'énerve pas. Ou alors dis-moi que tu as toujours rêvé de voir les lieux du tournage de Bridget Jones 2 en vrai et que c'est ton côté midinette. Une considération sociologique de cette névrose compulsive du tourisme exotique prolongé chez les allemands serait bienvenue. Bon c'est pas grave, je fais abstraction et je l'appelle. Reconfiguration. Il a l'air très compétent, ce monsieur, il faut absolument que j'aie une discussion avec lui.

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25 septembre 2007

Dépression atmosphérique

Oui, c'est elle, la dépression. La dépression atmosphérique matinale, la pluie vindicative, celle qui fournit en primeur le sujet de la discussion de bienvenue traditionnelle: "Salut, ça va? Y fait pas beau, hein?". Même en Allemagne on en est réduit à ces lieux communs, mais on les ignore, le matin, le cerveau est engourdi, évite heureusement les informations superflues et écourte ces considérations empesées, déjà, de cet ennui qui lentement prendra le contrôle du jour. La table est toujours au même endroit, le PC tourne déjà, je me demande pourquoi ça m'énerve. Sans doute que le devenir déjà hypothétique de la planète ne sera pas plus tragique pour ces 300W d'alimentation à travers la nuit, le LCD, lui, se met en veille. Un autre blaireau, tard hier soir, a utilisé ce PC, pour remplir quoi? Je regarde dans les documents récents, oui, les formulaires de frais de déplacements, l'invention subtile des dernières années, le tableau excel abscons qui agace des générations de consultants. Mais au moins, lui, il peut se déplacer.

La femme de ménage a encore bougé mes papiers sans les remettre en place, bousculé ce petit semblant d'ordre maniaque qui trônait sur ce coin de table provisoire. Provisoire. Quatre mois de provisoire. Alors le coin contre la fenêtre, c'est le mien, lieu entre-temps chargé d'émotions futiles, comme ces premières semaines de fin de printemps où je pensais qu'il y aurait un échappatoire bientôt. Ça, c'est mon côté optimiste, celui qui ne veut pas mourir, qui résiste, encore et toujours, espère des choses belles et futures, des fleurs subtiles et des musiques aériennes. Côté optimiste bien enfoui, je le concède, bien profond, qui doit maintenant crier pour se faire entendre, jusqu'au jour où la voix lui manquera. Le côté destructeur, nihiliste ou négatif, doté de beaucoup plus d'adjectifs publics et explicites, lui, le savait déjà, que ça finirait comme ça. Mais il s'était dit, au début, qu'il allait la fermer, pour changer, pour voir. Maintenant, il est bien conforté dans sa position, merci.

crucheLa cruche des ressources humaines passe, ondule du croupion. C'était joli, jusqu'au jour où je me suis rendu compte qu'elle ne comprenait pas les mots de plus de trois syllabes. Ce ne serait rien si elle n'avait développé en si peu de temps une arrogance synchrone avec les autres têtes dirigeantes. Maintenant, c'est juste désolant. Quand je pense qu'elle doit aider à gérer ma carrière. Quelle carrière? Se retrouver dans un trou à rats, payé à ne rien foutre, si, des choses constructives, entouré des autres vautours qui n'attendent qu'un instant de faiblesse de ma part pour me sauter au cou avec des mots-clés. "Tiens, tu ferais bien du Requirements Engineering, toi, non?". Ben voyons. Evidemment, il n'en sait pas plus sur le contenu du sujet, me regarde avec un sourire même pas gêné, juste un peu inquiet (au moins, je leur fais toujours cet effet-là), interrogatif. Je lui explique calmement (une chose qui m'étonne moi-même) que je vais lui prendre la main, retourner voir le Monsieur client avec lui et creuser un peu pour en savoir plus. Preuve qu'il n'a rien compris, il sourit et enchaîne: "Sinon ça t'intéresserait, hein, comme projet?". Je lui retourne poliment un même sourire, qui lui signifie également que cette discussion pénible est terminée et il se retire dans ses quartiers.

J'ai essayé de faire part au grand chef de mes doutes quant à ces méthodes. Maladroitement, sans doute, puis je me suis plié aux règles du constructivisme transparent. Pour contourner les reproches fréquents et lassants de récrimination négative et destructrice, j'ai appliqué leurs méthodes. On dirait "pourrir de l'intérieur". On se tromperait. Sous couvert d'analyse de processus, j'ai recommandé des amélioration, des optimisations. Tellement bien amenées qu'ils ne se sont rendus compte de rien, vont les présenter maintenant officiellement à tous, mâtinées de fierté corporative. C'est joli, un peu creux. Ça me rappelle quelqu'un. La stratégie est bien huilée. A ceux qui récriminent, sont insatisfaits, chroniques ou aléatoires, l'on fait miroiter la possibilité personnelle de participer à l'amélioration des choses. Oui, toi, tu peux nous aider. Comme sur les affiches avec le Monsieur qui montre le lecteur du doigt, fort d'un message retentissant. Ton avis nous intéresse, nous somme encore suffisamment flexibles pour intégrer toutes remarques constructives. Et en fin de compte, le travail amené, ne seront retenus que les morceaux de choix pour une illusoire et fugitive célébrité interne, le reste, le cœur du sujet, atterrira sur de magnifiques étagères, puis dans des tiroirs, puis dans des cartons, puis dans le container métallique, dernière étape avant le broyeur.

Pourquoi ont-ils peur? De quoi se cachent-ils? Pourquoi craindre la fronde et la subversion au point d'éditer une politique maison de portes ouvertes qui s'assimile à une interdiction de réunions publiques de plus de deux personnes? Diviser, mieux régner. Ils deviennent incertains à la vue de plusieurs consultants en discussions, s'enquièrent, tentent de faire changer un sujet qui leur échappe. Qu'ils sont fringants, en tête-à-tête, oui. Là, ils n'ont plus peur, ils oseront, prendront des décisions même, parfois définitives. Oscillent entre le déni de responsabilité et la dictature. Accaparent et modèlent un schéma hiérarchique mouvant à leur convenance. C'est triste. Leur entreprise, je crois pouvoir dire que je ne suis pas pour rien dans ce qu'elle est devenue aujourd'hui, mais les dinosaures, ça fait joli. Laisse faire les gestionnaires. La vérité est triste, pas bonne à dire en ces pages. Mais je ne suis que le destructeur, celui dont on savait qu'il fallait se méfier, c'était écrit dans son dossier (il nous en aura fait voir). Je suis le modèle qui est allé trop loin, que l'on laisse soigneusement sur une voie de garage ou que l'on aimerait exiler sur des choses exotiques, déjà les nouveaux sont là, deux fois moins chers, trois fois plus conciliants, sans questions. 

En fait, ils ont peur des mots. A l'instar d'une demoiselle au minois passable, que je m'en voudrais de prendre ici comme bouc émissaire. Normaliser pour ne pas effrayer, passe-bande rhétorique, nivellement. Je me suis souvent demandé s'ils s'offusquaient pour de vrai, si cette réaction n'était pas jouée. S'ils y croyaient vraiment. Il semble que oui, c'est la magie des écoles de management. Moi, je ferais mieux de fermer ma gueule, rester soumis, docile et sans rébellion. J'ai ma tribune cahotante et cyclothymique. Ça me calme, d'une certaine manière. Si seulement j'y arrivais, m'entêter à me foutre de tout, pourvu que...

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19 septembre 2007

Promotion

Ah, quelle joie que de vivre, partager ces instants précieux et uniques avec des personnes dont la compétence profonde ne dépasse que l'humanité amicale! Quelle satisfaction que d'apprendre que des personnes en qui on avait déjà depuis longtemps investit un sentiment très précis, inébranlable, ont officiellement reçu la reconnaissance de leurs pairs! Quelle joie de se sentir conforté dans son opinion par un jugement impartial et collégial!

Ce fut mon cas ces derniers jours au travail, petit ingrat visqueux et subversif que je suis, j'en tremble encore de honte. Car à la surprise générale et au contentement de tout corps managérial (pardon pour le néologisme, je suis expatrié, après tout), l'information de la semaine dernière (outre ma reconquête des abysses sentimentales d'un amour rejeté, par l'ironie, s'entend), c'est tout de même la consécration, en corps restreint mais bientôt générale, de l'Hystérique en tant que manager de l'année de notre saine entreprise nourricière. Ah! Qu'il est beau, cet éphèbe constructif, pur joyau de notre système éducatif et de notre processus de recrutement! Qu'elles sont magnifiques et sans fard, ses victoires quotidiennes sur l'adversité et l'incompréhension de son génie! Qu'elles sont indéniables, ses avancées qu'il mena, volontairement, pour le nom de notre compagnie et notre réputation, toujours avec succès!

Oui, c'est vrai, je me base sur des informations de seconde main, puisque notre corps dirigeant tout entier se retient encore dans un silence pudique et recueilli. L'information est confidentielle et moi, traître sans nom, oubliant toute notion de reconnaissance, je la divulgue aux yeux du monde qui un instant retient son souffle, face à tant de magnificence modeste et retenue. Mais je me devais, en ces pages aujourd'hui tardives, de lever le voile sur cette réussite modèle d'une entreprise phare, oui, je voulais jeter aux yeux du monde ébahi, pris au dépourvu, cette nouvelle qui effacera par son éclat et son retentissement tout autre Krakatoa anecdotique. Oui, il est des nôtres, oui, nous l'aimons et le respectons, lui qui sut nous mener tellement plus loin sur des voies dont nous ignorions la portée et la profondeur.

aneEn cette soirée récemment imbibée de Chartreuse, je lève mon chapeau à un homme qui sut donner une nouvelle signification aux mots engagement et efficacité, dont le rayonnement ne saura pâlir avant l'année prochaine, où un plus beau, plus fort que lui, fatalement, prendra le relais, mais laissons-lui ce moment auréolé. Ton temps est venu, ami Hystérique, autrement appelé Dolce Gabanna pour ses initiales et son style, je te le rends: manager de l'année, quel aboutissement!

Je passerai sur ses capacités évidentes de coordinateur et de meneur d'hommes, je passerai sur une vie toute dédiée à son travail (Ah! Ces conversation passionnantes à 22h30 et ces offres envoyées au petit matin, alors que la nuit n'était pas encore antérieure). Je passerai sur cette réputation tellement plus juste qu'il nous gagna même chez nos plus fidèles clients (qui depuis poussent le respect jusqu'à nous retirer volontairement d'offres de projet qu'ils jugent indignes de notre niveau). Je passerai sur sa capacités à motiver les candidats, surtout les plus étrangers et les plus loin de leur foyer, ceux qui, à peine malléables, sont tout de même prêts à faire le sacrifice de leur vie de famille pour se rendre dans des entreprises campagnardes, loin de leur foyer, pour des sommes dérisoires, si ce n'était cette gloire si belle qui les emplissait alors (petits indiens ou mandarins à peine sortis de l'université, à la recherche d'une vie, promus stratégiquement comme chefs de projets). Je passerai sur sa capacité à reconnaître et juger au mieux les capacités de chaque employé, usant habilement de mots-clés.

Merci, maintenant je sais que tout travail ultérieur de ma part dans cette entreprise qui m'accueillit est dorénavant vain, je peux sans regret me consacrer à la recherche d'autres positions, dans un autre extérieur qui jamais n'atteindra ton niveau. Quel dommage que ce titre ne t'apporte pas une satisfaction financière en sus, mais que diantre, que de reconnaissance. Respect.

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06 septembre 2007

Le candidat

Tiens, on sonne... La secrétaire ouvre la porte, là-bas. On entend une discussion courte et polie, puis on la voit passer, direction le bureau de l'hystérique. Elle lui dit que son rendez-vous est arrivé, lui de s'esclaffer "ah, enfin!", oubliant la porte ouverte, le fait que le type est en avance et lui, maladivement en retard. Elle repasse, diligente. Je me fais peut-être des idées, mais j'ai comme l'impression qu'elle a l'air plus fatiguée que la semaine dernière. Encore une discussion courte et polie, discrète, là-bas, à l'entrée, où le nouveau venu doit avoir choisi un siège et déjà jeter un oeil anxieux sur les piles de magazines techniques maniaquement empilées sur la table basse. Il a déjà franchi deux épreuves, mais il n'est pas au bout de ses peines.

La première épreuve: navigation géographique et autonomie directive. Trouver la bonne entrée du bon numéro de la rue (car il y a deux corps de bâtiment avec le même numéro, qui ne communiquent pas). Inclut les épreuves: mémoire visuelle (reconnaissance du logo) et témérité technique (oser appuyer sur le bouton de l'ascenseur exigu qui n'inspire pas confiance). La deuxième épreuve commence une fois la porte franchie: positionnement mobilier. Autrement dénommé: où s'asseoir et comment? Choisira-t-il le fauteuil ou bien le canapé deux places? S'assiéra-t-il en avant du siège ou plus profond, penché en avant ou en arrière? Chacune de ces décisions devra être mûrement pesée car influera sur le cours futur des événements. Inclut le test calligraphique (inscription sur la liste des visiteurs) et les intérêts personnels (choix du magazine d'attente). Test subsidiaire: capacité sociale. Un consultant (de préférence mal rasé et sans cravate) sort de la salle commune pour aller aux toilettes ou au point d'eau sis stratégiquement près de l'entrée. Le candidat osera-t-il lui adresser un salut?

gobeletL'hystérique saisit compulsivement son téléphone et appelle quelques clients au hasard, sans doute pour compenser l'heure toute prochaine où, discutant avec la créature bipède maintenant lovée un brin crispée dans l'entrée, feuilletant avec appréhension "La semaine des semi-conducteurs", il ne pourra plus caresser son combiné chéri que du regard. En conséquence, toute prévisible pour nous, ceux qui savons et en avons vues d'autres, il est en retard et l'heure tourne. Le monsieur assis dans l'entrée se sent de plus en plus seul dans son petit costume et sa cravate doit le gratter horriblement. Commettra-t-il l'erreur d'aller aux toilettes? C'était bien sûr calculé, sinon pourquoi y aurait-il dans l'entrée un distributeur d'eau glacée? Et alors qu'il se décide à avancer doucement vers le bureau de la secrétaire (pardon, de l'assistante d'équipe) dont la porte entrebâillée n'est guère engageante, pour lui demander où sont les toilettes, voici que l'hystérique (ça, c'est moi qui le dit, lui, il ne le sait pas encore, quoique dans une demi-heure, il sera plus avancé) surgit hors de son bureau dans le couloir d'en face, l'apostrophe amicalement, lui serre la main, lui désigne la pièce ouverte et déclame: "Excusez-moi pour le retard, je vous laisse prendre place, je passe aux toilettes et je suis à vous, puis-je vous offrir un café?" et s'engouffre derrière cette porte qui l'avait jusqu'à présent anonymement nargué.

La gorge et la vessie serrées, le candidat fait quelques pas en direction du bureau ouvert, hésite quelques instants, troublé par les sourires étrangement bienveillants des personnes qui le regardent, là, dans cette pièce légèrement plus grande, derrière leurs écrans. L'hystérique revient, éventuellement avec un café et des mains propres, lui demande ce qu'il pense du temps qu'il fait, lui livrant déjà une réponse dans sa question: "Il ne fait pas beau, hein?". C'est déjà l'épreuve suivante: connaissance météorologique. Un acquiescement poli est en général suffisant, toute autre forme d'argumentation est superflue. Et la porte se ferme derrière lui sur un petit bureau étriqué en longueur. Il lui semble avoir entendu la clef tourner dans la serrure, mais ce sont sûrement ses nerfs qui doivent jouer avec lui. La porte-fenêtre double donne sur un balcon séparé par un filet de la place en contrebas. Toute tentative de fuite par cette voie est donc vaine. La petite table ronde face à sa chaise permet à peine de déplier un A3, il a froid et aimerait bien faire pipi. Mais la créature étrange à la cravate flamboyante en face de lui est déjà dans une trance oratoire et lentement hypnotique. Il se sent glisser, s'accroche. L'heure qui suivra changera sa destinée dans une mesure qu'il n'aurait imaginé...

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25 juillet 2007

La dernière semaine de Murphy

Bon, ça y est, j'ai fini. Quoi? Ben Harry Potter et les reliques de la (peur de mourir de la peur de la) mort. Je suis bien content, maintenant je vais pouvoir me concentrer sur les choses vraiment intéressantes. Comme mon travail, par exemple, ou ma vie privée, des chantiers, quoi (d'où nécessité de workshops stratégiques, mais je m'égare). Sur le livre ci-dessus, je conclurai en disant que je trouve la fin tirée par les cheveux (la vraie fin, pas l'épilogue, quoique...). Mais je ne la raconterai pas, par bonté d'âme.

J'ai fini aussi la quête du laptop perdu. J'ai commandé le modèle intéressant 12"1 et je sens que je vais être content. C'est important, cette perspective de contentement contrôlée. Comme ça, en vacances, quand le petit dormira, je pourrai bloguer ou améliorer mon CV, deux activités en rapport avec les chantiers cités ci-dessus. Ou alors m'engueuler avec mes parents ou me fritter avec mon ex, activités adjacentes. Je sens que ça va être reposant.

agendaEn attendant, suivant la vielle règle (Murphy?) ou un corollaire récent, la dernière semaine avant les vacances est encombrée d'activités diverses, professionnelles et hautement importantes. Par exemple, demain, je fais une formation. Important, la formation. Et en plus, une vraie, pas un ersatz local forcé par l'aridité financière de l'entreprise, non, quelque chose de sérieux, avec un vrai monsieur qui s'y connaît qui la fait! En plus, c'est moi qui l'ai choisie... Mais au-delà de cette formation de deux jours, les rendez-vous, soudain, bourgeonnent. D'où mon étonnement. Il ne se passe rien des jours, des semaines durant. Et c'est juste la dernière semaine où je suis là que quelque chose se passe. Vite, vite, il faut écrire les offres, consolider, cristalliser, soutenir, jouer le coach et le mentor, être constructif, positif, youpi, youpi. C'est un petit peu notre étape de montagne à nous (mais moi, je garde mon sang usé à moi).

Je m'amuse bien, dans les meetings, je me prends au jeu. C'est rigolo, de faire des remarques constructives, c'est rigolo, de faire mettre (gentiment, toujours gentiment) aux gens (décideurs) le nez dans leur caca. C'est la faute à mon chef, il m'avait défini comme objectif cette année de briser mon aura destructrice (voire nihiliste, comme diraient d'autres), d'apprendre à mieux communiquer pour mieux manip... euh, pardon, convaincre les gens. D'où mon hilarité. Car quand, après s'être neutralisés, la transparence communicante se cristallise pour mieux focaliser, l'homme de bien (que je me targue arbitrairement d'être) se pose la question: "tout ceci est-il bien raisonnable?". Je vois ces meetings comme des jeux de rôles où je maîtrise de plus en plus l'environnement. La plupart du temps prévisible, les formulations et tournures respectives de chacun des personnages me sont connues, leurs réactions comme écrites. Théâtre quotidien, quelques surprises, encore, seulement logistiques.

Déjà, quand j'étais petit, à Centrale, les cours de communication, ça me faisait massivement rigoler (et je n'étais pas le plus mauvais, enfin si, au début). Une sorte d'attirance malade pour cette rhétorique bedonnante s'est développée, j'ai peur de basculer, comme quand Anakin est devenu méchant. Remarque, il est devenu méchant pour une bonne raison, Anakin. Moi, ma bonne raison, je la cherche, j'ai demandé au Dr. M, mais on s'est quittés bons amis, sans vraie réponse. Il paraît que la réponse, c'est moi qui dois la trouver pour moi-même, je me croirais dans une morale de film américain. Merdalors. Il paraîtrait même qu'il y aurait des gens qui ne la trouvent jamais. Je me sens sous pression. Est-ce que je travaille mieux sous pression? Question stupide. Fatigue. Vivement les vacances. Allez, encore un powerpoint et je vais manger.

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23 juillet 2007

HP manager

Page 416. La énième péripétie qu'on n'attendait pas et tiens, encore un mort. Ce brave Harry Potter, ben justement, il est brave. Brave dans le sens pas fut-fut, gentil, quoi. Il met un temps fou à comprendre les choses et au niveau relationnel, c'est pas Byzance, encore qu'il se soit amélioré. Je me demande ce qu'ils lui trouvent, tous. Moi, sincèrement, je lui trouve un charisme de corbeille Ikea. Mais peut-être qu'il ferait un bon business manager...

48998_PE144971_S3D'accord, il a plein de contacts. Importants, les contacts. Ça permet de générer du business. Et il suffit qu'il apparaisse pour faire sensation, dans un sens ou dans un autre. Important, ça, la réaction émotionnelle. Du coup, les clients se sentent plus en confiance. "Client fidélisé, client gagné", disait le sage. Et ça aide aussi énormément pour le networking. Trop fort, le networking. Plein de gens qu'on connaît pas qui soudain sont très intéressés. Cela suffit-il? Non. Il faut savoir entretenir ses contacts. Et là: trop sporadique, trop directif. En gros, toujours les mêmes contacts, les mêmes fidèles, clients vieillissant. Or on ne veut pas faire une secte, on veut faire du business. Il faut travailler là-dessus, se mettre un peu plus en avant. Et sur le recrutement, pas fort. Toujours les mêmes, je dis. Du coup l'équipe stagne, pas de sang neuf pour relancer la dynamique.

Au moins, dans l'équipe dirigeante, les rôles sont plutôt bien répartis. Hermione fait dans la stratégie et l'innovation. Ron fait dans l'opératif, développement et production. Harry s'occupe (mal) du marketing et des finances, sinon ne fait pas grand chose d'autre. En l'absence de conduite, les autres s'en donnent à coeur joie et les discussions prennent un tour beaucoup trop émotionnel. En sus d'être sporadiquement cyclothymique, ses qualités de modération, de coordination et de gestion d'équipe ne sont pas encore suffisamment développées. Les workshops perdent trop de temps en palabres inutiles. Productivité très faible, donc.

Pourtant la structure du marché est simple. On a juste un oligopole local, deux entreprises en concurrence sur un marché relativement réduit. Mais au lieu de s'entendre cordialement et se partager gentiment le gâteau, non, ils se fritent. Bêtement. Les opérateurs mobiles avaient très bien réussi à s'entendre, alors pourquoi pas eux? Bon d'accord, pour les opérateurs mobiles, ça s'est vu. Plus tard, pas bien. Mais une petite amende et on repart, sous l'oeil bienveillant de la commission européenne. De plus, la concurrence se concentre trop sur les personnalités des managers respectif. On se croirait à la bonne vieille époque Gates/Jobs. Comme au niveau marketing, les autres sont plus agressifs, Harry perd des parts de marché.

Bref, a-t-il les qualités requises? Un bon management en innovation permettrait de recentrer les activités sur des problématiques plus modernes. Et puis aussi un audit interne pour revitaliser la structure client. Je serais d'avis de le virer avec un joli parachute doré. Ou alors on le laisse aux relations publiques pendant que les vrais gens avec des vraies idées font le vrai travail. Et puis, quand il aura quitté l'entreprise, on donnera son nom à une salle de séminaires...

Posté par kookabura77 à 11:27 - Corporate - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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