06 novembre 2007

Grand Canyon

Il y a des voix comme celle-la. Je ne suis pas du genre à m'extasier sur les prouesses vocales de l'une ou l'autre, les ténors ou variantes m'ont toujours laissé froid. Callas, Gruberova, Netrebko, j'ignore, je laisse vivre, dans un monde parallèle, tangent. Du côté Pop, quantités de chanteuses, à la plastique irréprochable, au timbre agréable. Björk, j'aime pas. Dido, d'accord. Enya, bof (en sus de ma hantise des intégrismes locaux celtiques, donc quasi-bretons). Astrud Gilberto, certes, je le lui accorde. Mais s'il ne devait en rester qu'une, si je ne devais vénérer qu'une chanteuse, ce serait elle: Tracey Thorn.

Tracey Thorn, pour les gens de peu, les sans grade, ceux qui ont survécu on se demande comment jusqu'à présent, dans la fange putride de leur ignorance crasse et leur désintérêt idiosyncratique des choses belles qui nous font regarder plus haut et nous allègent le cœur, bref, ceux qui ne connaissent pas, c'est la chanteuse sublime d'Everything but the Girl. Celle-la même qui a enrobé les années 90 du velours sonore de son timbre magique sur les mélodies électroniques de Ben Watt, l'apothéose alors d'un nouveau genre, la naissance de la vraie pop électronique tendance légère mais dépressive, enveloppante et dansante, jamais égalée depuis. Un jour je parlerai dans ces colonnes aussi d'Everything but the Girl, plus en détails. Tracey, c'est aussi la voix dans Protection de Massive Attack, pour ceux qui ne connaîtraient toujours pas. Les autres sont irrécupérables. Allez tout de suite sur iTunes ou bien où vous voulez, vous chercher de la vraie musique.

Everything but the Girl nous a un peu laissés tomber au début des années 2000, pour se concentrer sur leurs enfants communs. Ben faisait des remixes, un peu, Tracey cuisinait du bœuf à la menthe, à Londres (tant qu'à faire). Quelques bons albums de transition, remixes et autres compilations, mais rien de nouveau, rien. Et puis cette année, Tracey sort un album. Un album qu'elle a fait toute seule, sans Ben (lui ne s'était pas gêné pour sortir plusieurs sets de remixes d'autres entre temps). Et sur cet album, Out of the Woods, Tracey chante, de sa voix inimitable. Alors on écoute et on se tait. Les visages dans le métro se voilent et la langoureuse nostalgie des nuits d'automne et leurs myriades de lumières électriques nous emporte.

31ipek5W8SLSon album est court. Juste 11 chansons, quelques 40 minutes. Je serai honnête: musicalement, tout ne me plaît pas, dans cet album. Je ne l'ai écouté que deux fois, aussi, je l'avoue. C'est varié aussi, plusieurs styles. Le lien, c'est la voix de Tracey. Et le meilleur titre de l'album, c'est Grand Canyon. Sinon ce ne serait pas le titre de ce message. Il faut suivre, un peu. Pourquoi le meilleur? Une bonne mélodie, un bon rythme, des gènes de floor filler sans même de remix nécessaire et même (ce n'est pas du luxe en ces temps troublés) un bon texte. Je me demande pourquoi on n'entend pas cet album plus souvent dans les bars branchés à la mode. Sans doute parce que je n'y vais jamais... Pourtant ce single, déjà, est du concentré de bien. Offre de surcroît un très bon remix dans le lot (King Unique Vocal Remix, pour info, à écouter sur le myspace de la Dame). Dommage qu'au niveau tessiture, je sois plutôt dans le Depeche Mode, j'aurais presque fait du karaoké.

Aux sceptiques je conseillerai peut-être de commencer par un rafraîchissement chez Everything but the Girl. Mais il faudra que je vous en parle plus en détails. J'espère par là parvenir à les dissuader d'envisager l'œuvre intégrale de Cascada comme cadeau de Noël à leur cher/chère et tendre, mais bon, je ne force personne, je propose juste une alternative. Il ne faudrait pas croire non plus que c'est un album de cantiques de Noël. En attendant, merci, Tracey. Je ne compte plus les heures où j'ai parcouru les chemins avec ta musique dans la tête, celle d'avant, celle de maintenant, aussi, dorénavant.

Posté par kookabura77 à 23:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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