05 novembre 2007

Les petits Gervais

Voilà, Il est parti. Je l'ai amené à l'aéroport, Il a retrouvé sa grand-mère hongroise pour voler jusqu'à Budapest, retrouver son environnement familier. Et moi, je me retrouve tout seul dans mon appartement surchauffé (pour ne pas qu'il attrape froid), à replier le lit et ranger les Lego éparpillés sur le sol de la chambre. J'y trouve un bus londonien miniature, oublié. Les draps, je les empile à côté. L'oreiller, je le secoue. Je fais une chose irrationnelle: je renifle la taie. Il y a son odeur. Petite dose d'endorphines. Dans le frigo, des petits Gervais.

petitgervaisTrois minuscules containers aux couleurs vives. Fraise-Cerise-Framboise. Ou Abricot-Fraise-Banane. Deux fois de la fraise. J'en engloutis trois. Fruits rouges. Bizarrement, bien qu'Il me demande toujours avec un brin d'anxiété si c'est de la cerise, Il le mange sans difficultés. Rien à voir avec le yaourt aux cerises qui n'avait pas rencontré un franc succès, cet été. Je collectionne les magnets offerts avec chaque paquet. Principe stupide: deux magnets au hasard de la collection, j'ai déjà des triples et je me rends compte qu'en plus, avec mon frigo intégré, je peux toujours courir pour essayer de coller des magnets sur la façade en bois.

Dans le S-Bahn, Il s'était endormi sur mon genou. Le vieux bavarois du siège d'en face nous regardait bizarrement, je n'ai jamais pu vraiment savoir ce qu'il pouvait bien penser. Le plus dur fut de le réveiller en arrivant à l'aéroport. Je l'assied pour remettre son écharpe, Il se rendort en une seconde. Alors je le porte d'un bras et de l'autre sa petite valise, une merveille de marketing, Samsonite en forme de coccinelle, mais la poignée, les roulettes, rien n'est dimensionné pour ma taille, ni pour la sienne, simplement un injuste milieu. Alors, brinquebalant, j'attrape l'ascenseur, repousse un gros moustachu, qui bat en retraite. A la sortie de l'ascenseur, encore du chemin jusqu'au terminal 2. Je lui explique qu'Il est lourd et que sa valise est trop petite, je le repose par terre. Il fait la grève, menace de faire le cirque devant le stand Europcar. Alors je cède, encore. Tant pis pour l'élongation, m'en fous, c'est mon Fils. On retrouve sa grand-mère, une fois passée la grande porte tournante.

Aux guichets Lufthansa, on tombe sur une hôtesse blonde pas trop désagréable, qui pousse des petits cris d'exaltation en Le voyant: "Man, ist er süüüüüüüüß!". Le ü court en fut singulièrement rallongé plus d'une fois. Elle lui parle en allemand, lui ne dit rien, sourit juste, un peu. L'hôtesse enregistre ses bagages en un tour de main, sans perdre en enthousiasme pour autant, puis lui fait des petits signes de la main alors que nous nous éloignons. Je les emmène vers le portes d'embarquement, les laisse devant le contrôle. Difficile de faire des adieux, de dire au revoir normalement. Parce que ce n'est pas très normal. Parce que ça pourrait être pire. On n'a pas encore développé de rituel de départ, je ne sais pas s'il nous en faut un. J'ai le sentiment qu'il me manque quelque chose, mais je réalise en m'éloignant que c'est mon Fils et que la situation est telle qu'il me faudra m'y faire. Au moins, on aura eu une bonne semaine de vacances.

En sortant, je flânouille alentours. Alentours limités, c'est un aéroport. Je regarde le Transrapid, trouve une brochure qui m'occupera sur le chemin du retour. Le S-Bahn arrive, je me retrouve au milieu de voyageurs qui se battent pour monter dans une rame vide. Il y a de la place pour tout le monde. A Neufahrn, monte une brune, modèle local, pas désagréable, non plus. Elle enlève sa veste, démontre à qui veut un pull en laine suffisamment échancré, bafouille sur son portable puis étudie avec attention des formulaires du test écrit du permis de conduire. Ce dernier point m'amène à réaliser que soit elle fait plus que son âge, soit il faut que je me recalibre. Enfin bon, ce n'est pas comme si je voulais sortir avec les copines de mon Fils, encore heureux.

En voilà une autre, elle sort de la rame devant moi alors que je me dirige vers le bout du quai, arrivé. Plus dans mes âges. Elle va prendre le bus, moi, j'y vais à pied. Je remonte ma capuche, pas pour faire jeune ou mystérieux, juste parce que j'ai froid, soudain. Je sais ce qui va m'attendre, une fois franchi le seuil de mon appartement. Plus tard, je compense avec de la bière et de la musique de sauvages, enfin non, électronique. Je m'abrutis devant les émissions scientifiques de fin de dimanche après-midi. Hier on avait regardé "Hund Katze Maus" avec le Petit. Ça faisait une éternité que je n'avais pas regardé ça. Le centre de réhabilitation pour chevaux blessés lui a beaucoup plu, ainsi que les visites vétérinaires du Dr. Wolf, Il était impossible de le décoller du canapé.

Tiens, à propos, en parlant de canapé, si je dormais sur le canapé, ce soir? C'est l'apanage des célibataires, une forme subtile de luxe, que de pouvoir décider ainsi où s'allonger pour la nuit. Stupide, je ferais mieux de dormir, demain sera encore une grande journée, digne des annales. Non. Si. J'essayerai de me lever avec un à-priori positif sur le déroulement de ce jour, pour changer. Je vais mettre un post-it à côté du réveil, pour m'en souvenir.

Posté par kookabura77 à 00:31 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Les petits Gervais

    "En un tour de main" ou ""en un tournemain"

    Littéralement, cette expression apparue vers 1640 signifiait "dans le temps qu'il faut pour tourner la main". Il s'agit donc de faire quelque chose très rapidement. On trouve également la forme "en un tournemain", qui n'est autre qu'une déformation de l'expression originale.

    Posté par Maître Capelo, 06 novembre 2007 à 09:53 | | Répondre
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