02 novembre 2007

Intermède

Hier, c'était la Toussaint, comme le notait Marion dans un commentaire. Ben oui. La fête des morts. Comme je n'ai pas de morts à fêter dans mon pays adoptif (la formule est rude, mais vraie), je n'ai pas visité de tombe. Quoiqu'à côté de chez moi, il y ait un petit cimetière autour d'une petite église, de toute beauté. Pas de fascination morbide, non, juste un lopin de terre, avec des vieilles pierres et des fleurs, des arbres, une ambiance paisible. Point.

feuille4Avec la petite famille, on est plutôt allé manger un truc bavarois, bien lourd, avant que les restaurants ne soient remplis de ceux qui sortaient de la messe (bah oui, c'est comme ca, ici). Et puis on a vu l'Englisher Garten dans ses couleurs d'automne. C'est là que je me suis rendu compte que ça faisait des éternités que je n'avais été là-bas. Certes, la foule des jours fériés. Mais les couleurs de l'automne. Les photos. Les souvenirs. Je pense que la dernière fois que j'y ai été, c'était avec elle. Il y a plus d'un an. Paf. Dépression. Non pas que je la regrette, enfin si. Ce n'est plus une personne que je regrette, mais ce qu'elle représentait. C'est triste. Ça m'ennuie. Le Petit, lui, il s'en fout, il a trouvé une branche d'arbre de taille parfaite et joue au bretteur shaolin (oui, un mélange des genres). Apparemment, lui a réussi à faire la part des choses. Bon.

Changement de décor. Une place, ce soir. Des scientologues vespéraux distribuent des tracts. Apparemment, avec le Petit à la main, je ne fais plus partie de leur cœur de cible. C'est bête, c'est toujours triste de se rendre compte que l'on est plus dans le cœur de cible de quelqu'un, qui qu'il soit. Non pas que je meure d'envie de me joindre à ce groupe douteux et à l'idéologie drolatique (ouais, le coup des âmes d'extraterrestres captives...). Mais que ça fait toujours drôle de ne pas se sentir bienvenu ou intéressant. Il y a quelques années, un type que je ne connaissais pas m'avait spontanément donné un tract dans le métro pour une réunion d'information sur la dianétique (ouais, le truc sous-jacent à l'idéologie susdite). Ça ne m'intéressait pas plus alors, mais j'avais cependant tiré une maigre et fugitive satisfaction du fait que j'étais le seul dans ce wagon à qui il ait donné un tract.

Pareil, au Kaufhof, pas d'échantillon du parfum de David Beckham. Avoir un enfant à la main, ça ne doit pas faire suffisamment métrosexuel. Pourtant il en a, lui, des enfants. Avec le Petit, le seul cadeau qu'on nous a fait pour l'instant dans ce pays ravagé par l'asexualité, c'était au rayon charcuterie, une tranche de saucisse en forme de nounours. Lui, il l'a reniflée et voulait la redonner à la serveuse en disant "Non, pas bon!". J'ai escamoté ce geste, tout en m'en félicitant. Ça, c'est mon Fils à moi! Pareil, les offres d'essai de Fitness Center, c'est pas pour moi. Je ne sais pas quelle conclusion en tirer. Soit cela laisserait entendre que physiquement, je suis en parfaite et pleine forme, que ça se voit, soit je serais une loque irrécupérable. Du coup, je redoute les distributrices de tracts. Mais là où elles font moins les malines, toutes, c'est quand mon Petit à moi est fatigué et s'endort sur mon épaule, dans la rue. J'entends alors des regards féminins qui, un bref instant, me redonnent espoir, bien que j'aie autre chose à faire, en père responsable, que courir la gueuse avec un petit garçon endormi sur le bras.

Sans enfant, ben on fait aller. L'autre jour, une soirée à thème, avec les deux inhibiteurs en chef. Un petit restaurant inoffensif d'apparence, qui se révéla être un antre à belettes. Mais on était là pour manger, il ne faut pas tout mélanger. Je restai stoïque lorsque le serveur ponctua chacune de ses visites à notre table d'un contact physique malvenu à mon encontre. Je le laisse donc me caresser l'épaule lorsqu'il m'apporte mon assiette de dindon au curry, je ne fais pas d'esclandre, j'ai faim. Les choses se compliquent lorsque sa jeune collègue serveuse, beaucoup plus mon genre (c'est-à-dire féminin), ponctue elle aussi sa venue d'une caresse équivalente. Sans doute que ce n'était pas mon charme ravageur, mais plutôt une nécessité topologique, qu'en sais-je? Bref. Et elle reste à côté de notre table en souriant, nous demande en quoi elle pourrait se rendre utile. Les autres inhibiteurs font ce qu'ils font le mieux, c'est-à-dire inhibent et balayent machinalement le plafond du regard. Un bref instant une facilité me traverse l'esprit, engendrée par une promiscuité cutanée fugitive précédente. Mais non, je suis venu pour manger, moi et après il y a le Petit qui arrive, alors je lui dis qu'elle pourrait nous amener l'addition, pendant qu'elle y est. Bah elle n'en est pas revenue. 30 secondes plus tard, face à un silence gêné et son insistance interloquée, je dus admettre, à des fins diplomatiques, que c'était une blague et que ce n'était pas si pressé (mais que ça nous arrangerait quand même si elle pouvait l'amener, hein). Alors elle est rassurée et retourne vaquer alentours. Un court instant j'eus ce sentiment troublant que j'aurais peut-être gagné à me taire comme les deux autres, mais non. De toute manière, il ne faut jamais draguer la serveuse...

Posté par kookabura77 à 21:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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