31 août 2007
Les graviers
Hier soir, soirée studieuse, surtout vers la fin. Comme je n'ai plus TV5, j'ai regardé la télé allemande, ce qui a l'énorme avantage que je vais donc me coucher plus tôt. Et j'en ai profité pour relire le troisième tome du Combat ordinaire de Larcenet (Il a annoncé le tome 4 prochain sur son blog, enfin!). Je ne m'étendrai pas sur l'album, peut-être plus tard, non, mais il m'a rappelé quelques épisodes passés, des souvenirs précieux.
On allait chez mon grand-père maternel régulièrement, pas trop souvent, mais régulièrement. Après tout, 40 kilomètres... une paille. Il fallait passer par la ligne droite des Hunaudières en sortant du Mans, mais d'accélération, point. J'étais compacté à l'arrière d'une 3-portes, mais il est vrai que j'étais plus petit, à l'époque. Traverser la campagne, la route, je la connaissais par coeur, toutes les courbes, les localités traversées et l'arrivée dans la petite ville, le dernier feu, le dernier tournant, à l'angle du photographe. L'entrée était barrée par une respectable grille blanche à moitié rouillée, qu'il oubliait d'ouvrir la moitié du temps, au grand dam de la conductrice. A droite, un peu en retrait, le noisetier recouvrait déjà l'ancienne enseigne de son auto-école, peinte sur le mur, lentement effacée. On rentrait, demi-tour dans l'entrée du petit hangar, il ouvrait la porte de la véranda et descendait l'escalier blanc.
L'après-midi, avant, promenades alentours, les contreforts, les troglodytes (le Loir n'était pas loin), un ruisseau local aux gerris rameurs, insignifiant, que l'on suivait jusqu'à sortir de la ville, dans les champs bientôt et le lavoir, là-bas, qui marquait la pointe de l'excursion. Après, sa maladie se développant, il était difficile de partir, on restait dans la cour d'entrée, on jouait aux boules. On a souvent joué au boules, dans ces graviers. Des graviers blancs et bruns, parfois dorés. La pétanque devenait un parcours d'obstacles, eu égard à la présence latérale d'un tas de sable, de l'autre de muguet et de la pente légère, mais sensible, de la cour. On s'amusait bien, cependant. Et puis il fallait rentrer, chemin inverse, le dimanche était terminé, la semaine attendait.
J'ai revu tout ceci, bien plus tard. Ces histoires finissent généralement dans un petit cimetière, sous un ciel gris ou pluvieux. Celle-ci n'échappa pas à la règle. Après un buffet d'honneur laborieux, on se retrouva de nouveau devant cette grille. Les graviers crissaient toujours sous les pneus des voitures et sous les pas, mais quelques herbes folles s'étaient aventurées au-delà de leur territoire. L'intérieur n'avait guère changé, il avait jusqu'au bout, alors qu'il n'y habitait plus depuis quelques années, payé une femme de ménage pour venir toutes les semaines. Seulement, tout était terne, maintenant. Dernière visite d'un maison qui m'avait toujours parue grande et mystérieuse, perdait maintenant son fard et son charme. Les volets s'ouvraient une dernière fois, les placards étaient vidés. Je me retrouvai seul, un instant, le premier, dans son bureau. Restaient juste une collection de crayons divers, vieux manuels, quelques papiers et un gros livre de photographies de vieilles voitures. Je n'ai pas osé pousser la vieille porte qui menait vers cette pièce mystérieuse où, enfant, j'allais puiser dans les vieux jouets entassés là. Déjà, les autres arrivaient, derrière moi. Je n'a même pas pris le livre, je le regrette.
La maison fut vendue, évidemment. Quelques années plus tard, alors que nous bouclions un tour rapide des châteaux de la Loire, sur le chemin du retour, j'eus l'idée de m'arrêter un instant. La ville n'avait guère changé, même pas un giratoire central, le photographe n'avait pas fermé boutique, mais là, dans la petite rue, c'était un nouveau spectacle. Le portail avait été remplacé par une grande porte métallique bleue, cachant la cour aux regards indiscrets. Le noisetier avait été taillé, le mur repeint, effaçant définitivement les inscriptions. J'ai retrouvé le cimetière dans un petit village adjacent, si différent sous le soleil, parcouru les tombes, m'arrêtant enfin sur celle que je cherchais, qu'il partage dorénavant avec ma grand-mère que je n'ai jamais connue. Je lui ai montré que la vie continuait, que dans quelques mois allait venir celui qui aurait été son arrière-petit fils, bref ces petites choses irrationnelles que l'on fait alors pour se donner une contenance, car il n'y a pas grand chose à dire à une plaque de marbre froide. Nous sommes repartis, il faisait beau.
Tout ce qu'il reste sont quelques photos, beaucoup de souvenirs. Les graviers.
30 août 2007
Forbidden Fruit
Ce n'est qu'en Allemagne que j'ai entendu Paul van Dyk la première fois, quelques années après le succès de For an Angel, en fait, à l'époque de Tell Me Why, pour être précis. J'étais jeune et con (je le suis encore, mais moins, surtout jeune), je trouvais la musique électronique fascinante, quelque chose qui était né à Lille, découvert sur le réseau de la résidence, poursuivi à la résidence allemande, plus tard. Alors que nous gâchions notre belle jeunesse en nous empiffrant de bonnes choses dans les salles communes en regardant Viva (aujourd'hui chaîne des ados désoeuvrés), un jour arriva le clip de Tell me Why (The Riddle), avec la chanteuse de St-Etienne (le groupe, pas le club de foot... ah bon, c'est une ville, aussi?). Et je me plongeai subséquemment dans une recherche documentaire du passé de l'auteur. C'est là, dans l'album Seven Ways de 1996 que je trouvai Forbidden Fruit.
Beaucoup de gens ignorent ce qu'est vraiment la trance. Moi aussi, en fait, je me suis construit une petite idée, très personnelle, avec le temps. Certains diront, auréolés de science musicale, que je ne me concentre que sur une certaine sous-catégorie du genre, nommée au choix trance mélodique ou uplifting trance. Je n'en sais rien. Mais à quelqu'un qui dirait que la musique électronique, et en particulier la trance, n'est qu'un assourdissant amas de basses répétitives pour bourrins, je conseillerais en premier lieu de jeter ses CDs de Scooter et je lui ferais écouter Seven Ways, en particulier son joyau central, Forbidden Fruit.
Certes, il y a d'autres bons morceaux sur ce disque, alors pourquoi celui-ci? Etonnamment, pour des raisons similaires à Jumbo d'Underworld, parce qu'il représente une oasis au milieu d'un disque constamment en construction du rythme. La seule équivalence serait The Greatness of Britain, un peu plus loin, mais dans une moindre mesure. Le rythme introductif est calme, sans fioritures et lentement s'affirme, les couches se superposent. s'ajustent, se combinent, s'accélèrent, imperceptiblement. 3:18, les premières nappes de synthé en arrière-plan, puis le rythme se durcit, nouvelle couche. Stéréo magnifique. Paisible. 05:40, mélodie finale. 06:58, c'est fini, allez, on recommence. Le morceau se suffit à lui-même.
Le clip est bon. Survol d'une table où s'amassent des souvenirs, qui s'animent. Et Paul en blonde, de temps en temps, mais ça ne devrait pas vous arrêter. Certains clament que ce serait un bon morceau de chill-out. Je trouve le rythme et la construction un peu trop élevés pour ceci, mais c'est une question de goûts. Ou alors en début de fin de soirée. Mais Forbidden Fruit, c'étaient aussi et surtout alors les promenades automnales dans l'Englischer Garten, arpentant les sentiers, en regardant les filles. Merci, Paul.
29 août 2007
Encore une journée...
... passée à des choses intéressantes, fascinantes, motivantes, plaisantes, excitantes, que dis-je, des choses dont on rêve, une vie salariée comblée, sans nécessité d'exutoire littéraire... Bref, je m'ennuie, c'est pas peu dire...
C'est fatiguant, de s'insurger, ça épuise, même. Pourtant il me faut encore m'insurger. Contre la suppression de TV5 de mon bouquet câble. Je rentre de vacances, m'attends à trouver des factures plein ma boîte aux lettres, elles y sont, effectivement, mais j'y trouve aussi une lettre du câble. M'attendant à une énième publicité pour l'offre télé+internet+téléphone, je l'ouvre, sans trop faire attention, insouciant encore en ce premier soir munichois depuis longtemps. Et le couperet s'abaisse, inexorable, inattendu: à partir du 30 août et pour permettre un élargissement de l'offre digitale, TV5 est supprimée des canaux analogiques. TV5. La seule chaîne regardable sur leur bouquet regrettable de 33 chaînes. Pas une de leurs stupides chaînes de télé-achat, pas une de leurs ridicules chaînes de séries américaines périmées, non: TV5. Si tu veux voir TV5, tu dois maintenant payer pour l'offre spéciale digitale, qui t'offrira cependant également France 2 à 5, pour une somme (somme toute) risible entre gens de bons goût. Et si tu signes un contrat pour deux ans...
Où vais-je trouver à présent le lien avec ma francitude, des bons films français et des informations intéressantes à regarder? Sur les chaînes allemandes? Ah non! Les informations sérieuses, subventionnées par la redevance, sont aussi plaisantes à regarder qu'un paresseux paraplégique sur un chêne par temps calme. Les autres, les chaînes privées, regroupent les informations en 1/4 d'heure avec 5% de politique et 95% de melons ou autres études sur la sexualité des babouins bouffons bronzés. Nonon, pas du tout racoleur. Je suis défait.
27 août 2007
La rentrée
C'est la rentrée, youpi, youpi. Je me lève, frigo vide, ventre itou. J'écoute l'album de Justice pour me réveiller. Et je pars prendre le métro. Ah! Quelle joie! Les faciès blafards et mornes des habitants. Et les types locaux. La tête-à-claques blonde qui bredouille son Bild matinal. Le monsieur massif en costume. Si j'avais un frère jumeau, il ne serait pas de trop pour passer dans son costume, à l'autre. Mais à quoi voit-on qu'il est d'ici? Le front bas? Non! La pupille neutre? Non! L'odeur? Non, non (mauvaises langues)! Ce sont... ce sont (je vous le donne en mille): les chaussettes dans les sandales! Eh oui... La station arrive, une petite dame avec son embonpoint tient absolument à descendre avant tout le monde et agite frénétiquement la poignée de la porte alors que le métro finit sa phase de décélération. Je ne suis pas chien, je ne la laisse pas empiéter sur mon côté de la porte, elle bougonne. La porte s'ouvre, elle s'élance, emportée par l'énergie potentielle, part au loin, vers les escalators, étonnamment véloce pour d'aussi courtes pattes, veut arriver sans doute la première au paradis des boudins trapus.
En haut, au bureau, c'est la surprise. Notre chère secrétaire n'est plus (là), emportée par un arrêt de travail. Il y a déjà une remplaçante, une allemande d'occasion, sans charme ni entrain (pléonasme). Après une heure de veille technologique, je me demande où sont nos chers managers. Ils arrivent, petit à petit, étalés entre 9h30 et 10h. Il n'y en a que trois, aujourd'hui: le grand, le sportif et l'hystérique. Et notre chère ressource humaine, magnifique et souriante. Ils me demandent tous, très appliqués, si j'ai passé de bonnes vacances, et l'hystérique souligne ses propos ineptes d'un ricanement de hyène qui me hérisse, alors qu'il s'éloigne dans le couloir. J'avais presque oublié. 10h30. Cela fait déjà une heure qu'une puissante impulsion de rentrer chez moi et faire des choses utiles (i.e. remplir le frigo) me tarabuste. Tenir. Tenir...
Je me casse à 13h. Depuis une petite heure, il n'y a plus un chat dans les bureaux, je les vois, en contrebas dans la rue, se gaussant sous un parasol à la terrasse du café. Non non. Tu reviens, maintenant, me dit un coup de téléphone, 3/4 d'heure plus tard, on aurait des problèmes d'assurance sinon! Bon... Je colle mon morbier dans le frigo (non, j'ai pris du fromage norvégien pour changer) et je reprends le chemin du métro. Je prends mon laptop cette fois-ci et assiste, le reste de l'après-midi, impuissant, à l'inanité documentaire de nos belles entreprises allemandes. Allons, je me ressaisis. 17h15, temps pour moi de rentrer manger et m'abrutir sur mon canapé comme je ne l'ai plus fait depuis un mois. Ce que je fis, avec application, en me coltinant la démo de Bioshock. La belle vie, quoi...
26 août 2007
Le retour
Et allez, encore 4 heures de train avant de pouvoir attendre le métro… La
campagne viennoise disparaît lentement, derrière. A la gare de Vienne, des
flopées de grands abrutis blonds en culotte de peau se pressent sur le quai
pour embarquer. Ca fait du bien de se sentir enfin (pas) chez soi…
L’alimentation électrique, dans les trains, est aléatoire. Des fois ça
charge, des fois non. Le résultat global est satisfaisant, juste énervant de
voir la diode de charge s’allumer de temps à autres. Là, je dois partager mon
compartiment avec un adolescent non boutonneux mais rempli de piercings et
d’une coiffure gelée comme s’il s’était coincé l’occiput entre deux rouleaux à
pâtisser, une américaine qui a collé un sac plus gros qu’elle sur le siège en
face de mon laptop (les boules si ça freine) et une
autrichienne qui arbore un sourire Tonigencyl® pour
causer à la contrôleuse parce qu’elle n’a pas de ticket et voudrait l’acheter
sur place (si, c’est possible). L’adolescent, petit outrecuidant péteux, a
retiré ses chaussures fluo pour poser ses pieds puants, enrobés de chaussettes
noires et douteuses sur la banquette d’en face. Petit con. Moi, je me fais
chier. Comme d’hab’ dans ce train, putain, je vais
finir par haïr les trains. Je me colle du Paul Oakenfold
très fort dans les écouteurs, mais ça ne dure qu’un temps. En plus, j’ai faim.
J’aurais dû emporter de quoi manger, autre chose qu’un reliquat français, un
petit paquet de trois petits Lus, déjà engouffrés avant Györ. Juste une bouteille
d’eau hongroise à moitié pleine demeure.
Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire demain ? Aller au bureau,
entendre la litanie des sphères aériennes, celle qui volent plus haut, lavent
plus blanc, percent à merveille les secrets de l’esprit et du cœur
humains, un abîme de compréhension chaleureuse, mais pas de projet pour moi.
Bande de nazes. Ils n’ont rien compris. Alors demain je dirai juste bonjour à
notre charmante secrétaire enceinte d’un gardien de la paix (profession
respectée s’il en est, là-bas), aux autres petits nazis modernes qui arborent
une cravate pour se donner de la contenance, attendant une surprise illusoire.
Je suis prêt à prendre des paris, tiens. Ils vont me dire que de toute manière,
comme en août, plein de personnes importantes et preneuses de décisions étaient
absentes (car en vacances, ah !), le dossier (i.e. du travail pour
moi ?) n’a pas avancé, mais ils ont plein d’idées, encore plus qu’avant
que je ne parte en vacances, encore meilleures, encore plus variées (t’es expert
en qualité, toi, non ? Il y avait bien de la qualité, dans ton projet
précédent !), plus innovantes (tiens, si on allait parler à
Daimler ?). Et puis il y a eu plein
de bouleversements pendant mon absence (ouais, j’ai lu mes mails, mais j’avais pas envie de vous parler), des bouleversements
positifs à moyen terme, si, d’ailleurs on compte sur toi pour maintenir le cap
dans ces eaux (à peine) mouvantes.
…listening to the barbed wire hanging…
Je remets Underworld plus fort, tiens, tellement
je suis énervé par avance. Par les nouvelles actions/missions factices qui sont
nées pendant que je faisais des châteaux de sable. Par les promesses
dégoulinantes jamais tenues. Par les plans globaux et les objectifs de fin
d’année. Par les indicateurs de performance. Par les Powerpoint. Par tout ce
qui fait ma vie ridicule ici, à courir après des chimères salariées et faire de
l’inutile optimisé pour de petits potentats obscènes. Je les hais, je hais tout
le monde, d’ailleurs. Je veux retourner voir la mer, là où la vie se passe à
manger des brioches en regardant les vagues avec le Petit qui court en rond en
faisant des bruits d’avion. Je sais, après un mois ensemble, la perspective de
ne plus revoir mon Fils qu’un court week-end avec cette détestable période de
deux semaines intermédiaires m’est insupportable. Alors je compense, comme j’ai
compensé plein d’autres choses, des années durant, en haïssant les gens,
l’entourage, l’environnement, les petits oiseaux contents et les amoureux sur
les bancs. Je hais mon travail et ses menteurs professionnels. Je hais mon
appartement et la Xbox. Je hais les téléphones
portables et les SMS. Je hais les trains…
J’ai un fils, il a deux ans et demi. Il habite avec sa mère à 700km. Je vais le voir tous les deux week-ends…
22 août 2007
Derniers billets des Sables
Petit matin brumeux, l’odeur de l’automne, deux jours avant l’avion,
internet du matin, le temps des derniers billets.
J’en suis forcé à faire des détours pour ne pas passer devant la table basse du salon, où gisent habituellement les magazines. Non, je ne peux pas, elle m’hypnotise. La couverture de Femme actuelle. J’y peux rien. D’abord, c’est, selon la statistique la plus récente, le magazine le plus lu en France. J’en suis fort aise. Non, mon problème, ce seraient plutôt les melons du mannequin en couverture. Pfouh… Fascinants. Magnifiquement emballés également. L’emballage esthétique des melons est un problème équivalent à la projection de Mercator, quelque chose de géométrique, de difficile, mais diantrement intéressant. J’ai raté ma vocation.La caissière du manège des titautos ressemble à Jeanine, mais en brune française. Serait-ce ma femme idéale? Pfff… Elle doit en voir tout le temps, des pères célibataires, dans son boulot…
Cela fait une semaine qu’il pleut régulièrement, qu’il fait froid et qu’il vente. Le soleil n’est plus qu’aléatoire. Comme qui dirait : « Cassez-vous, on ferme, c’est la rentrée, retournez chez vous ». Du coup, ils sont tous au Leclerc, à acheter des cahiers à spirale d’avance et sinon se forcent à aller regarder la mer, engoncés dans des cirés, pour faire marin poète en se prenant des embruns méchants dans la gueule.
Merdalors, lundi, je recommence à bosser, là-bas où c’est pas pareil qu’ici. Il faut que je me souvienne de mes bonnes résolutions de rentrée :
Trouver une nouvelle belette, corollaire : oublier l’ancienne (il serait temps).
Trouver un nouveau boulot, corollaire : ne pas envoyer chier tout le monde dans l’actuel.
Travailler tous ces muscles, là, c’est pas tout d’avoir un poids idéal, il faut aussi faire attention à ce que l’on met dedans.
Penser à ce que je pourrais faire pour mon trentième, bientôt (big petardos, maximum bamboule ?!).
Donjon Parade Vol. 5 - Technique Grogro
Au Leclerc espace culturel, il n’y avait pas toutes les BDs
que j’espérais y voir. Par contre, au rayon nouveautés adultes, je tombe sur le
titre susdit. Je m’étonne de voir Donjon au rayon adultes, mais bon, la
classification là-bas a tout du binaire, soit c’est « enfants », soit
c’est « adultes », sans trop de discernement (i.e. tout ce qui sort
de la ligne claire, dessin compliqué, c’est « adultes »). Néanmoins,
Donjon, c’est violent, comme série (si !) et peut-être que l’hécatombe de tilapins perpétrée dans ce tome ne serait point étrangère à
cette classification.
Larcenet dessine très bien les bastons. Son trait se prête
à merveille à de petits instantanés violents sanglants, découpe l’action de
découpe, étripage ou éviscération au mieux. Il dessine aussi très biens les
monstres, mais c’est plutôt réducteur, considérant cette série (car c’est
obligatoire). Reprenons. De Donjon, jusqu’à présent, je ne connaissais que les
tomes Zénith, c’est mon premier de la série Parade (bien qu’en étant le
cinquième). Et j’en suis fort content. Certes, le scénario n’en est guère
poussé, juste honnête en rebondissements (prévisibles ?), mais
parfaitement intégré dans l’univers de la série, étant cependant cadré sur des
personnages secondaires.
Herbert et Marvin ne seront que très peu de la partie cette fois-ci. Marvin
se prendra une raclée dès la 9ème planche et Herbert, s’il sera là
une bonne partie de l’histoire, ne le sera pas sous sa forme première, la faute
à l’épée du destin… Non, les héros seront Grogro
(attention surprise: d’où le titre), ou comment raconter une bonne
histoire avec un héros désespérément crétin, ainsi que Zongo,
dont on apprendra la surprenante origine illustre. Le reste, on l’attend de la
série et c’est bien comme ça, c’est de la baston, de l’action et de la ripaille
(au grand dam des tilapins précédemment cités).
Seul reproche : ça se lit vite, très vite, trop vite. OK, moi, je lis vite, mais je vous défie de passer plus d’une demi-heure là-dessus. Donc ça laisse un peu sur sa faim, surtout pour 8€45… Moins cool. Bref, du pâté de tilapins pour les inconditionnels, quoi.
19 août 2007
Le zoo
Hier, nous sommes allés au zoo. C’était bien. Plein d’animaux non locaux et
d’humains de même. Ce zoo, soyons francs, est bien joli, bien arrangé, bien
entretenu, contient une quantité honorable d’animaux suffisamment exotiques et
suffisamment actifs pour faire passer deux bonnes heures. Mais un peu cher.
Cela doit déjà être du commerce équitable, à ce niveau de prix. Mais bon, je
paye, pour que Mamie et le Petit soient contents. Papi, lui, n’aime pas les
zoos et argue que, y étant déjà allé l’année dernière, cette visite supplémentaire
est donc superflue. Bon.
La bonne nouvelle de l’entrée, c’est qu’il y a eu depuis l’année dernière
plein de naissances : deux girafes, deux lions, des cacatoès et sûrement
une ou deux galinettes cendrées. On va donc voir les
girafes, à la demande expresse du Petit, à qui j’avais vendu la girafe comme
argument massue pour le programme de l’après-midi. Et elles sont là, les
girafes. Mais qu’est-ce qu’elles sentent mauvais… A côte, un enclos de manchots
dépressifs, serrés sous un arbre, abattus au point de ne même pas pouvoir en
faire le tour de manière répétitive, comme tout animal de zoo qui se respecte.
Plus loin, les loutres, dans leur magnifique écosystème® recréé, font la grève.
C’est pas encore l’heure de la bouffe, alors on ne va pas faire des heures
supplémentaires, non plus, faut pas déconner. Apparemment, elles n’ont pas été
atteintes par les conseils présidentiels : plus de travail= plus de
poissons. Mas non, elles s’en foutent, on peut juste les voir dormir
paisiblement par une petite fente qui donne sur leur home sweet
home douillet.
Je commence à me demander si c’était une bonne idée d’y aller, au zoo, à
l’heure de la sieste. Mais ça permet aussi de maintenir la quantité
d’humanoïdes dans les allées à un confortable niveau. Le petit panda glande sur
une branche du haut, pendouille. Un suricate garde l’entrée de la tanière à
l’intérieur de laquelle, de toute évidence, les autres glandent. Les wallabies
glandent en mangeant des pommes à l’ombre (si). Les tigres glandent, chacun sur
leur plate-forme d’arbre à (gros) chats. A peine un petit battement de queue.
Les guépards, pareil lamentable spectacle de fier prédateur vautré dans
l’herbe, à côté de sa mare de pastis d’eau fraîche. Les jaguars… ah
tiens, non… mais qu’est-ce qu’ils font ? Ah… Maintenant je comprends
pourquoi il y a des naissances, dans ce zoo… Quelle idée de mettre un mâle et
une femelle dans le même enclos… En tout cas, on ne pourra pas dire que dans de
telles conditions d’hébergement iniques… enfin si, enfin… je me comprends…
Le reste s’enchaîne, les primates joyeux et les lémuriens velus (et
vice-versa) s’empiffrent (c’est l’heure de l’animation repas). Brève inquiétude
devant l’enclos des lémuriens, un touriste corse aurait pris le maki… Non, je
déconne… Les tapirs tapis plus loin cohabitent (comme le cri d’amour du
crapaud) avec des mammifères sud-américains velus, sorte de croisement géant de
lapin, de marmotte et de lama, dont j’ai heureusement oublié le nom (Caipirinhia? Ah non, ça, c’est autre chose). Petit
attroupement de visiteurs plus loin, sur un petit pont enjambant la rivière, je
m’attends à quelque chose de spectaculaire, me faufile, le Petit sur les
épaules… pour voir deux cygnes s’empiffrant de pop-corns…
Ces visiteurs-là doivent vraiment venir de la ville profonde. Et puis l’enclos
des loups à crinière. L’un (l’une ?) dort tranquillement sous un arbre,
l’autre fait les cent pas en regardant avec un peu d’anxiété les soigneurs qui
taillent les haies de l’intérieur. Il me rappelle Papi quand on avait fait
refaire la salle de bains.
Bref, la visite se termine. L’enclos des lions donne une belle image de la famille moderne. Les deux rejetons auprès de Maman, sous l’arbre, et Papa au bord opposé de l’enclos, un peu au vent, l’air ennuyé. Je n’ai pas pu lui parler pour échanger nos expériences, il n’était pas du côté des visiteurs. On repasse voir les girafes (en se bouchant le nez au préalable), remarque une activité chez les manchots, qui sentent venir l’heure du repas, puisque c’est au tour des loutres, enfin sorties de leur torpeur syndicales, pour attraper quelques poissons morts dans un torrent artificiel au fond bleu pour que les touristes voient mieux. On ressort, échappe assez finement au piège de la boutique à traverser en sortie, argumentant qu’on avait déjà deux ours et un koala à faire tenir dans le bagage de retour et que non, il n’y avait pas de place pour un petit lémurien, même bichrome. Et puis on voit la mer et le Petit, épuisé, s’endort sur Papa jusqu’à la maison (ça fait un bout…). Paisible.
Américanisme
Hier soir je n’ai pas écrit. J’en ai profité pour me reposer, c’est-à-dire
regarder la télé. Je n’ai pas été déçu. J’ai regardé « Les experts –
Miami », autrement appelé « CSI – Miami ». Je ne sais pas si
c’est la version française qui fait ça, un doublage moyen, sans doute, mais le
niveau de cette série est désespérément bas. A faire pleurer.
Au début, j’étais indulgent, je ne faisais même pas attention. Je trouvais
la série intéressante, parce qu’il y avait plein de trucs techniques dedans, le
trip total pour l’ingénieur ou le consultant en innovation. Cet été, j’ai
réalisé que les trucs techniques, c’était du remplissage, tout comme les vues
même pas subliminales de Miami intégrées toutes les 3 minutes, sans doute
sponsorisées par l’office de tourisme local. Et qu’il y avait beaucoup
d’acteurs pour pouvoir tourner sans cesse, leur accordant quelques brèves
minutes avant de passer au suivant, pour qu’on ne se rende pas compte qu’ils
sont tous, soit monolithiques, soit plutôt très mauvais. Et que le scénario de
chaque épisode, truffé de ficelles aussi grosses que des amarres de pétrolier,
tenait sur un ticket de métro.
Résumé de l’épisode : un méchant, qui se croit très malin, commet un
méfait répréhensible par les lois locales. Les experts débarquent et à peine
arrivés, remarquent un bout d’ADN qui traîne, là, mais si, regardez mieux, avec
votre lampe torche violette. Ils passent ensuite la plupart de l’épisode à
trimbaler ce brin d’ADN de centrifugeuse en mixer, tous très modernes car
baignés de lumières bleues et d’écrans HD à faire pâlir les gars de Pimp my Ride.
Pendant ce temps, le chef bougon (mais au grand cœur) bougonne (mais toujours
avec raison), le jeunot de l’équipe jeunotte, le costaud bronzé de l’équipe costaude,
la jeune femme d’origine noire se chamaille gentiment avec la jeune femme d’origine
blonde sous l’œil bienveillant de la jeune femme d’origine brune, qui aimerait
bien d’ailleurs parler plus avec le jeunot bien qu’elle vienne de se séparer du
costaud, mais il faudra au moins une demi-saison pour qu’il s’en rende compte.
A la fin, le méchant est confondu par son ADN qu’il avait oubliée dans un
mouchoir en papier en sortant d’un interrogatoire, courbe l’échine et le chef
bougon (mais au grand cœur) nous gratifie d’un laïus heureusement fort court
(car bougonné) sur la morale et la justice.
Mais c’est comme un accident de voiture, on voudrait arrêter de regarder, mais on ne peut pas s’en empêcher.
16 août 2007
Coupure improvisée
Paru dans Paris-Dimanche n°1492 du 12 août 2007, page 52 (face à la pub Emporio Armani) :
Josiane
Bidet se lève et regarde le mur, ce mur artistiquement orné de tessons de
bouteilles brisés que son mari avait bâti de ses mains il y a dix ans, suite à
une banale querelle de voisinage. Elle essuie une larme : « Mon Roger
(ndlr : son mari) avait l’habitude de dire aux petits (ndlr: ses enfants)
qu’il leur foutrait des torgnoles dont ils se souviendraient s’ils
s’approchaient trop près du mur ». Derrière elle, la famille Bidet fait
front pour la soutenir. La famille Bidet a toujours fait front dans l’adversité
et ce ne serait en aucun cas à ce moment qu’ils abandonneraient leur
matriarche. Déjà, il y a 10 ans, lorsque Raymond, le beau-père de Josiane, avait
succombé à ses blessures après un terrifiant accident d’escabeau, tous
s’étaient retrouvés au caveau familial du petit cimetière de Jouy-en-blattes,
dans la campagne aveyronnaise. La benjamine, Gisèle Bidet, 17 ans, mère au
foyer, pose doucement sa main sur l’épaule burinée de sa mère et lui murmure
doucement : « Mais Môman, tu sais bien
qu’il continuera à vivre pour toujours en chacun de nous ». L’aîné, Kevin
Bidet, 25 ans, artisan automobile, nous fait signe, d’un majeur autoritaire, de
nous retirer.
Pourtant
tout avait bien commencé pour cette paisible famille de travailleurs tant
chantés par nos poètes, en ce joli matin du 27 juillet 2007. Roger, 54 ans,
manutentionnaire indépendant, s’était enfin décidé à prendre des vacances pour,
disait-il, « s’occuper des choses vraiment importantes ». Il avait
promis aux enfants et à sa femme une surprise, puis s’était enfermé dans sa
remise la plupart des deux jours suivants, d’où sortaient moult bruits de
menuiserie. Le clan s’était retrouvé ensuite sous le cerisier centenaire de la
propriété des Bidet. Gérard Rotrou, 55 ans, scieur contremaître, meilleur ami
de la famille, se souvient : « Roger avait tiré un assemblage de
planchettes de la remise et l’avait arrosé de Pastis en souriant. Il faut dire
que Roger, pour la rigolade, ce n’était pas le dernier ». L’assemblage
s’avéra être une véritable structure de deltaplane dont Roger avait trouvé les
plans sur internet, lors d’une visite au cyber-café de
la petite commune voisine d’Ysoublis-sous-l’Huy. Il faut dire que les vacances, chez les Bidet,
étaient extrêmement rares, du fait du travail des deux parents. Kevin se
rappelle : « Papa était camionneur, il passait son temps sur les
routes, livrait des poutrelles avec Tonton la plupart de l’année ». Tonton,
c’était Fernand, le frère cadet de Roger, avec qui il avait fondé une modeste
entreprise de transports routiers, « Les transports Bidet »,
spécialisée dans les matériaux de bâtiment. Jusqu’au jour tragique où, lors
d’une livraison, Fernand, voulant vérifier un chargement, glisse et tombe dans
une bétonnière en marche. « Depuis, on va tous les ans au viaduc de
Millau, jeter des fleurs du haut de la pile n°5, c’est là qu’est coulé
Tonton », complète Kevin, les yeux dans le vague.
La
suite de l’histoire, les journaux locaux en ont suffisamment parlé. Le week-end
suivant, la famille Bidet au grand complet (c’est-à-dire incluant leurs trois
compagnons canins : Riri le doberman, Fifi le rotweiler et Loulou
le bas-rouge) se retrouve au magnifique point de vue du lieu-dit « la
falaise déboulée », à quelques kilomètres de là. « Un travail
magnifique, Roger avait recouvert la structure de cellophane industriel, celui
qu’on utilise pour emballer les palettes de papier à l’imprimerie »,
ajoute Gérard. Roger embrasse sa femme et ses enfants, chausse son casque de
mobylette et attend le vent propice. Les experts ne se sont toujours pas
accordés sur les causes du drame qui s’ensuit, mais Roger trébuche et tombe
comme une pierre, 30 mètres plus bas. Josiane, arrivée première sur les lieux
du crash, car s’étant éloignée pour avoir un meilleur angle de caméscope, en
tremble encore : « Mon Roger était là, dans cet enchevêtrement de
balsa, brisé comme un fétu de paille. Il avait encore l’œil vif, j’ai essayé de
lui parler, il a semblé comprendre, puis la petite lumière de ses yeux s’est
éteinte ». Fatalement blessé par la séparation violente de son crâne en
plusieurs petits morceaux et l’écoulement cérébral qui s’ensuivit, Roger ne
pouvait sans doute plus l’entendre. Bernard Leduc, chef de la section locale
des sapeurs-pompiers, arrivé rapidement sur les lieux du drame, ne peut que
déplorer : « On aurait pu jouer au mikado avec les os de sa colonne
vertébrale ». Aujourd’hui encore, Kevin ne décolère pas et envisage de
porter plainte contre internet. Maître Vergès et maître Collard
se seraient portés volontaires pour soutenir la famille Bidet.
Edifiant, non ?

