13 juillet 2007

Le derrière des choses

Petit matin paisible. Je blackberrise dans le métro, les stations passent vite. Pas trop de monde. J'achète deux croissants chez Müller, je ne tombe pas sur le type qui me répète "croissant" avec un accent forcé et un sourire niais (pourvu qu'ils ne le mutent pas au rayon fromages du Kaufhof). Paisible, je dis. Je m'arrête à la pharmacie, la pharmacienne est enceinte. Encore une. C'est la saison, apparemment. Il semble que seule la coupe du monde l'année dernière parvint à motiver suffisamment les mâles locaux à accomplir leur destinée génétique (enfin, quand je dis "destinée génétique", pour certain, cela aurait plutôt dû être de se jeter du haut d'un falaise à la queue leu leu, petits lemmings munichois consanguins).

tea_with_mintAu bureau, un choix cornélien m'attend: eau ou café. Café pas bon, pouah! Eau insipide, pas cool pour le croissant sec local (du beurre??!! mais vous êtes fou, c'est gras!). Un éclair de génie, rare pour un vendredi matin, me traverse: et si je faisais un thé... Mais point de réceptacle idoine, que des tasses pour dromadaires nains, les autres s'entassent dans une joyeuse crasse naissante dans le lave-vaisselle dont je regrette aussitôt d'avoir ouvert la porte. Mais je me dis que si de vaillants insulaires bretons parcouraient joyeusement les mers jusqu'au Sri-Lanka sur des bateaux non climatisés pour ramener des tonnes de feuilles séchées, ce n'est pas ça qui devrait m'arrêter, quand même. Et là, en haut de cette étagère mille fois vue, deux mille fois ignorée, insignifiante, trône un objet que je m'étonne de trouver ici: un bol! Bien sûr, sa fonction première en ces contrées reculées se borne à la récolte du Müesli matinal, mais moi, je ne suis pas d'ici, de toute manière. Et je trouve un sachet d'Earl Grey. Paisible, je dis.

Le matin s'écoule, les boulets déboulent. Pour tuer le temps, enfin, l'achever, dirais-je, activités contemplatives: les belettes qui passent dans la rue en contrebas. Attention, je dis: belette, ce n'est pas péjoratif, la belette est un animal fin, racé, sympathique (avec des petites dents aiguës), utile. Sa domestication est... euh... bon. Donc les filles de la faculté de médecine proche, qui passent. Non, je n'ai pas honte. Non, je ne suis pas trop vieux pour ça. Oui, j'ai un fils de deux ans et demi. Oui, il vit avec sa mère à 700km d'ici. Alors j'ai le droit de regarder les belettes, le derrière des choses dans les escalators et le devant des autres dans les ascenseurs. C'est même mon droit i-na-lié-na-ble, constitutionnel. Mais juste nécessaire, pas suffisant.

Certes, la confrontation avec les baveux d'escaliers mécaniques a quelque chose de crispant. L'autre jour, au magasin d'électronique, deux mammifères locaux, un mâle, une femelle, échangent les contenus de leurs tubes digestifs avec des bruits de succion entre deux étages, les machines à laver et les disques durs. Le pire: ils n'étaient même pas beaux, mais saisis soudain d'un exhibitionnisme putassier. Je dois juste dire ça parce que je suis jaloux / frustré (barrer la mention inutile). Mais un jour, je recommencerai à chasser. En attendant, je regarde les belettes et le temps qui passe en me disant que je devrais faire quelque chose de mon énergie potentielle.

"... l'infirmière est un ange et ses yeux sont verts
comme elle lui sourit, attention, Jimmy veut lui plaire..."

Posté par kookabura77 à 10:44 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Le derrière des choses

    mais si lâche toi homme... il n'y a jamais de mauvais moment pour se faire plaisir ! et qui sait Adrien pourrait avoir envie d'un/une petit/e frère/soeur

    Posté par marion, 14 juillet 2007 à 22:32 | | Répondre
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