12 juillet 2007

Petites autos

L'un de ces avantages cachés de la paternité, c'est cette liberté retrouvée, dénuée de toute culpabilité, de parcourir les rayons des magasins de jouets, le nez au vent, l'oeil humide de cet émerveillement soudain qui ressurgit de profondeurs oubliées. Certes, tout seul, c'est moins drôle, mais on peut prendre cet air intéressé ou investigateur, à la recherche de la perle rare pour le Petit qui n'est pas là.

Hier n'était guère différent. Echoué à Karlsplatz dans l'attente d'un retardataire maladif, je déambule. Le magasin d'électronique voisin a perdu son charme. Peut-être un laptop, pour écrire en voyage? Non, acheter un laptop est loin d'être une sinécure pour le technicien obsessionnel, la comparaison des caractéristiques techniques a quelque chose d'infini et de vain. J'en suis même arrivé à considérer l'acquisition d'une machine avec un processeur moins puissant pourvu qu'elle soit moins encombrante, c'est dire si j'approche de l'âge adulte.

La librairie n'offre guère d'activités intéressantes. Si, en fait, au premier étage, je tombe sur une bande dessinée allemande marrante! Une rareté dans l'aridité locale. Je l'achète presque, hésite, renonce, par paresse, sans doute. La simple révélation de l'existence d'un tel ouvrage était suffisante, il faut que je digère. Je redescends au rez-de-chaussée, parcours les livres étrangers, guère de nouveautés. Le rayon français est réduit, toujours les mêmes titres, mais il a le mérite d'exister. Une pile de Petit Nicolas y attend le chaland expatrié. En face, les offres spéciales, soit des ouvrages photographiques sur la vie secrète du loup tacheté coprophage de Svalonie orientale ou les secrets de beauté culinaires de l'ex-femme de l'oncle du facteur de Rutger Schmidt. Les autocollants bariolés de chiffres barrés peinent à surmonter la répulsion du passant. Certains livres meurent ici, c'est triste, un livre qui meurt, surtout quand il n'aurait jamais dû voir le jour.

Le magasin de jouets voisin est la dernière alternative. Je le connais bien, plutôt bien garni, aux prix raisonnables (ou presque, faute de comparaison de poids). Le rayons des petites autos est là, au rez-de-chaussée. Quantités d'emballages de plastique transparent et de carton mêlés, alignés, déposés, suspendus, entassés sur des étagères et le mur du fond impressionnant. Toutes les tailles, tous les styles, pour le collectionneur méticuleux ou le bagarreur de cour d'école.

Je me sens vieux, ces voitures ne me parlent pas. Certaines sont grossières, plastique moulé à la va-vite et fonctionnalité douteuse (j'appuie sur le bouton, une sirène crispante retentit et un lance-roquettes surgit de la porte de la voiture de police), d'autres simplement anodines (une voiture, quoi, quatre roues et une forme d'ensemble). Quantités de voitures américaines, folie du tuning, voitures modifiées, affublées d'excroissances aérodynamiques, bariolées à la limite de la nausée, avec générateur de bruit de crissements de pneus et de sur-régime moteur. Je suis un peu réticent, mais je me dis qu'après tout, s'il aime ça... Je m'attendris un instant sur un modèle de DS au 1/18, magnifique de précision, puis sur cette petite Renault Clio, voiture humaine dont je ne peux me détacher. Etrange, cette fixation sur la seule voiture que je puisse me payer, sans pourtant avoir jamais franchi ce pas. Même dans les jeux video de course, alors que Porsche et autres Lamborghini sont disponibles à profusion, il faut que je choisisse la Clio. Il faudra que j'en parle au Dr. M. Ah non, chuis bête, j'y vais pus le voir, fini...

1668_040Au détour d'un rayon, un emballage minuscule attire mon attention. Je m'approche, analyse l'objet. Moteur à rétrofriction de remplacement. Darda Motor... Darda Motor, ça me dit quelque chose. Petit à petit, les alentours s'éclaircissent, je prends conscience des autres objets du rayon. Mais oui, cette voiture, bien sûr. Petites autos à rétrofriction d'une puissance fascinante, les années 80. Je me rappelle, la Porsche Targa couleur bordeaux, ma préférée et sa cousine de course, la Tornado argent. Les modèles actuels sont un peu moins séduisants, certes moins chargés d'émotions. Une voiture de police, une sorte de formule 1. Mon champ de vision s'élargit. Oui. Un emballage fruste, même pas transparent, sans fenêtre. Un carton bariolé, couleurs un peu délavées, artificiellement vieilli. Une piste de course pour voitures Darda, avec loopings, virages relevés, etc... Et là, encore une autre, avec un croisement. Et là... Je constate que tout un pan de rayon, qui ne m'était jusqu'à présent pas apparu, que j'avais survolé, absent, est consacré à ce produit, que je croyais mort, enfoui sous plus de 20 années d'oubli. Je me souviens du catalogue et des pistes folles de sauts de la mort ou loopings entremêlés. Les "Made in China" ont succédé aux "Made in Germany", mais c'est bien lui, vendu encore sous la même marque, le même logo et ces emballages antiques marquant son âge et sa survie. Et ces après-midi passées à regarder les voitures virevolter sur des circuits improvisés.

Prémonition joyeuse de cet instant dans quelques semaines où, dans la quiétude familiale de la maison océane, je léguerai officiellement mon gros carton de petites autos à mon Petit à moi.

Posté par kookabura77 à 12:03 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Petites autos

    on sent bien que tu prends tes aises à parler de ta passion pour ton p'tit bout de bonhomme, c'est bien écrit et sympa comme tout à lire. il te faudrait juste quelques lecteurs de plus histoire d'étoffer le nombre des commentaires la seule chose que je peux faire c'est ajouter un lien vers ton blog sur le mien, si tu es d'accord bien sûr...

    Posté par marion, 12 juillet 2007 à 15:44 | | Répondre
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