Divers & variés

... ou la vie à l'extérieur de là où l'on devrait être...

30 juin 2007

Fromagère

Au Kaufhof, rayon fromages. Je fais la queue. Une autochtone, semblant prise d'une folie laitière, décime les étals, elle en est au moins à son dixième fromage, alors j'attends... Derrière moi, un quinquagénaire bavarois devient nerveux. Il doit avoir laissé son tracteur en double file. Il n'y a que ça qui puisse les mettre dans cet état-là. Bref, elle en finit enfin avec ses kilos de formages, c'est à moi.

619_Royal_MorbierElle n'a pas l'air avenante, la fromagère. Limite hostile. Pourtant il n'est que dix heures, le samedi commence, ca devrait aller. Et se passe cette petit chose si commune ici, mais qui suffit à chaque fois à me crisper. Je lui dis que je voudrais du morbier. Et elle tique, parce que je prononce "morbier" sans accent. Alors elle fait encore plus la gueule, pousse juste un grognement interrogatif quant à la taille de la tranche. Une bonne (Il faut dire que j'ai une faiblesse coupable pour le morbier, surtout depuis mon exil). Et juste pour la faire chier, je lui demande, en sus, du chaumes. Non que le chaumes soit un de mes fromages préféres, mais il est définitivement mangeable et en plus il y en avait là, juste devant. Et surtout, les autochtones, ici, n'arrivent pas à prononcer chaumes correctement. Elle me demande si je veux quelque chose d'autre, l'oeil aussi vif qu'un charolais constipé. J'y dis "C'est tout" dans la langue à Johann Wolfgang von Goethe. Elle me répond aussi sec (tellement sec d'ailleurs que je pense que nos extrémités de phrases entrèrent en collision) "Merci" dans la langue à Franz Beckenbauer. Elle agrafe le ticket sur le sac en papier. Fini. A pus. Le conducteur de tracteur s'élance, revendiquant ses droits sur un morceau de fromage de vache tatouée, là, sur l'étagère du haut.

Pour faire chier la boulangère, je lui ai demandé une "Parisienne". Je sais, c'est mesquin, mais il vaut mieux en rire (surtout la fois où elle avait laborieusement tenté de m'expliquer, avec des mots simples pour elle, qu'une "Pahrizienn", z'édait gomme une "Paguett"... mais plus grosse). Elle aussi a tiqué, pourtant elle devrait avoir l'habitude, depuis le temps.

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29 juin 2007

Jumbo

Non, ceci n'est pas un article sur les éléphants célèbres ou hybrides cinématographiques ou encore les gros porteurs hypertrophiés. Ceci est un article sur le morceau homonyme du groupe anglais Underworld.

31XB0CR81MLJumbo apparaît pour la première fois en 1999 dans l'album Beaucoup Fish. Sort également en single la même année. Apparaît en plage 5 du CD/DVD live Everything, Everything. Puis bien sûr sur le deuxième disque du best of 1992-2002. La première fois que je l'ai vraiment entendu, c'était sur le DVD live susdit. Le morceau tranche par son calme idyllique par rapport aux morceaux précédents et suivants. Une oasis soudaine au milieu du concert (le DVD étant une recollection de différents concerts, et n'ayant jamais vécu Underworld en direct, je serais bien en peine de dire si c'est sa place attitrée dans le programme du groupe), mais bien placée. Pearls Girl ralentit légèrement le rythme juste avant, Jumbo enchaîne, aboutit sur Shudder/King of Snakes et le pinacle attendu, l'essentiel et incontournable Born Slippy .Nuxx dont les seules notes introductives suffisent à remuer une génération. La mienne? Je ne sais pas. Souvenirs de Trainspotting (que je ne vis que bien plus tard), de la pub Gilette de l'époque et des stations de radio où j'accumulais ces trésors volatiles sur des cassettes sans chrome, alors que le mp3 n'était encore qu'un gadget de chercheurs allumés. Mais je m'écarte du sujet...

Jumbo, c'est ce mystère, morceau extraterrestre, mouvant, une intro entêtante, une basse persistante, des nappes de synthé planant et la voix de Karl Hyde. La recette classique du groupe, pourtant... ce morceau a quelque chose de plus, marqué sans doute par ces écrans semi-subliminaux de la version DVD live, mot par mot "And while I was shy enjoying it, I felt as if I had no right to such happiness", et ces quelques 90 secondes de plus que la version album. L'éveil de la seconde couche de synthé après 2:50. Et les textes toujours un peu obscurs du groupe.

Sans doute qu'il n'y a rien à comprendre, après tout, dans ces textes. L'essentiel, c'est la mélodie. L'histoire d'un type qui veut du sucre, de l'eau sucrée? Lamentation diabétique? Well... J'en ai fait mon histoire propre, autre. Jumbo est un morceau de voyage. De train. J'imagine les vitres humides du train du soir fendant l'averse. Un ruissellement lent, diagonal. Et le vent. Un morceau de distance et de proximité. "Click, you disconnect from me, click, when you come you take your century". "Telephone breath between us, the will of the world is between us, only these wires, dust between the wires and green glass, in the distance, I am your tourist". Ce temps où elle n'était pas encore la mère de mon fils, seulement un futur incertain. Ces premiers instants encore frais. J'étais en vacances à San Francisco, elle était à Munich. Deux appels par jour, aux coïncidences horaires. "You pick up the phone, and I imagine it out". Tôt le matin / tard le soir, et vice-versa. Cette insécurité soudaine, cette dépendances de lignes transatlantiques lointaines, invisibles. Et le vrai sentiment de distance. Juste sa voix, la mienne et ces impulsions traversant les kilomètres de cuivre entre nous. Et la chaleur retrouvée.

C'est à ce moment-là que j'ai compris ce morceau, que j'y ai ajouté ma propre signification. Et que je l'ai classé à jamais dans ma bande son.

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28 juin 2007

Victoire matinale

MVG_U_Bahn_C_Zug_08_300_DPILe métro, le matin. Le métro allemand n'a rien à envier à nos rames souterraines. L'allemand, enfin, le munichois (espèce à part), est plus ordonné, ou rigide, c'est selon. Mais les regards sont aussi vides de temps qui passe qu'ailleurs dans le monde. Et ici aussi, beaucoup oublient d'intégrer le fait qu'ils portent un sac à dos de taille respectable dans leurs mouvements.

Sendlinger Tor, un des stations centrales. Correspondance entre quatre lignes de métro et autant de lignes de tram. Certes, ce n'est pas Châtelet-Les Halles, ce n'est même pas la plus grosse station de la ville. Cela suffit néanmoins et de plus, c'est là que je descends. Et c'est ici, dans ces dix mètres devant la rame, que se joue cette scène mille fois répétée, cette loterie quotidienne. Car la rame est longue et seulement au milieu du quai se trouve l'embranchement en V vers les deux seules issues possible, à savoir la correspondance sur les lignes 3/6, un étage plus haut, ou la longue jonction avec le quai opposé et l'accès au niveau supérieur en son centre. Immuablement se croisent ici deux flux épais, contradictoires mais décidés de voyageurs. Et le jeu futile du matin, c'est traverser le flux perpendiculaire sans s'arrêter ou sans se laisser arrêter.

La victoire matinale, c'est donc cette petite satisfaction futile, cette épreuve de force dérisoire, traversée sans heurs. Avoir su s'imposer une fois ce jour, de surcroît au plus tôt. Et la journée sera bonne.

Le perdant? Qui se soucie du perdant! Les cartes seront à nouveau mélangées demain matin.

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27 juin 2007

Train de nuit

Trop longtemps exilé, trop longtemps parti. Ici et là-bas ont été intervertis. Et puis: étranger ici, étranger là-bas. Entre deux mondes.

L'Europe, c'est beau. A part les contrôles de passeports entre Budapest et Vienne dans le train de nuit de Munich. Le fonctionnaire hongrois passe, suivi par le fonctionnaire autrichien. Deux fois sortir son passeport. Juste une fois je les ai vus vérifier les papiers ensemble, le reste du temps l'on doit se faire à ces deux interruptions de sommeil successives.

Je n'ai pas toujours pris ce train. Avant, c'était plutôt sur le Rhin, les contrôles, entre Strasbourg et l'autre côté. En tant que non basané, j'étais rarement contrôlé, en fait. Et puis ce contrôle a été supprimé. Mais être réveillé aux frontières m'énerve toujours autant.

Et puis il y a la climatisation approximative. Parfois la machine s'emballe, comme investie d'une mission. Trop froid, rien à faire. L'été dehors, la banquise dedans. Mais cela arrive rarement. La plupart du temps, il y a juste assez d'air pour faire léviter la poussière et la chaleur n'est qu'humaine. Je développerais volontiers la théorie que les wagons-couchettes des différentes compagnies ont leur propre odeur. Je me suis habitué aux wagons hongrois, je connais leurs moindres recoins. Qualification un peu dérisoire, certes. La seule chose que je ne comprends toujours pas, ce sont les propos du chef de wagon. Il serait temps que je m'y mette, au hongrois, après tout ce temps. Mais ce train-ci, j'ai bien peur de l'avoir raté pour de bon...

180px_Wien_Westbhf_EuropaplatzVienne, je n'y suis descendu qu'une fois. D'ordinaire le train ne fait que passer, le temps d'embarquer quelques voyageurs et de changer de locomotive. Et puis la dernière fois, j'ai pris un autre train, pour arriver plus tôt. Et la correspondance ne se fit pas pour cause de tempête. De Westbahnhof, je fis quelques pas nocturnes vers l'hôtel payé par ÖBB en compensation. C'était juste une ville de nuit, sans trop de détails. Noir. Un peu vétuste, des façades sans fantaisie, la station de tramway devant la sortie, de vieux tramways, respectables. Le lendemain matin ne m'éclaira guère. Si les environs étaient plus palpables, l'ensemble restait étranger, un quartier de gare, inconnu, un peu désordonné. Tôt, les derniers fêtards embrumés sur les bancs et les gens dans les cafés alentours qui lisent leur journal. J'aurais pu regarder plus en détails, mais j'étais obnubilé par ce train prochain qui m'emmènerait enfin vers ma destination, douze heures en retard.

Alors Vienne demeure encore un mystère, juste la lumière blafarde des lampadaires sur le quai qui transparaît à travers le rideau du compartiment, vers 23h30 direction Munich. Et l'agitation de ceux qui doivent descendre, réveillés de peu, vers 06h00 direction Budapest. Un lieu de passage sans identité, une frontière de plus. Où il me faudra descendre à mon tour, tôt ou tard.

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